Le centre équestre s'anime. Les cavaliers arrivent avec leur baluchon, leur harnachement, leur selle. Les montures sont réparties, et chaque cavalier, licol à la main, s'en va récupérer son cheval dans les pâtures.
Puis les neuf chevaux embarquent, tour à tour, dans le camion.

En cette fin de juillet, Marie nous a concocté trois jours de chevauchées dans les monts d'Arrée. Direction la forêt du Cranou, à l'est du Faou.
Le camion ouvre la marche, deux véhicules suivent son train de sénateur. Dans les premières pentes, l'allure se fait de plus en plus lente. Nous voyons défiler le paysage. A 30 km/h, nous allumons nos warnings pour prévenir les automobilistes de notre poussivité. Mais à l'approche de Quimper, le camion s'essoufle et ne parvient plus à gravir la moindre déclinivité. Le chauffeur se gare à la sortie d'une bretelle, dans un endroit bien dégagé.

Les chevaux restent calme, pas de hennissement, pas de coup de pied. Il faut néanmoins trouver une solution, car il n'est pas envisageable de débarquer les chevaux le long de la quatre voies.
Après un quart d'heure de repos, le camion parvient à repartir, à quitter la voie express et à se garer sur une sorte d'aire de repos. Il nous reste encore une quarantaine de kilomètres avant d'arriver à bon port. Marie contacte les centres équestres de Quimper tandis que Christian et Martine partent en reconnaissance. Peu de temps après, deux autres camions sont à la disposition des chevaux. La solidarité des gens de cheval a fonctionné. Les chevaux sont aussitôt réembarqués puis notre camion, à vide, est accompagné jusqu'au garage poids-lourd par l'un des deux camions.
Trois quart d'heure plus tard, nous arrivons au centre équestre du Cranou. Les chevaux sont lâchés dans une immense pâture, à leur plus grand bonheur.
Tandis que Christian et Marie repartent déposer un véhicule à notre chauffeur, certains s'activent auprès des chevaux, les autres se débattent dans la cuisine et autour du barbecue.
"Eh! Ricou sort-nous ton accordéon".
L'heure de l'apéro a sonné et les grillades crépitent au dessus d'une bonne braise. La nuit est tombée. A peine le temps de cuire les dernières saucisses que les premières gouttes de pluie provoquent un repli stratégique vers la salle commune.
Au moment de se coucher, la pluie redouble d'intensité et tombe drue sur la toiture en tôles du gîte, rendant l'endormissement et le sommeil difficiles.

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Au petit matin, les plus courageux récupèrent les chevaux, les mettent à l'attache et leur donnent leur ration de granulés. Le petit déjeuner avalé goulûment, Marie et Christian repartent au garage régler le problème du camion. Les restants préparent le pique-nique et les montures.
Une boucle dans la forêt du Cranou avec un retour au gîte est au programme de la journée. Une grosse averse provoque un faux départ, chevaux et cavaliers retournent prestement sous la grange. Les ponchos, capes de pluie et vestes imperméables sont enfilés, pour conjurer le mauvais temps. Au bout d'une demi-heure les vêtements de pluie ont retrouvé leur place dans les sacoches. La forêt de hêtres et de chênes, plantée quelques siècles auparavant pour la marine de Colbert, est parcourue de nombreuses allées cavalières. Soudain, alors que je me trouve serre-file, en train de photographier, Marie lance le trot, puis le galop. Je dépose mon appareil dans la sacoche sans pouvoir la fermer. Je reste les yeux rivés à celle-ci de peur de voir mon compact en jaillir.
Dans une longue ligne droite, le fer antérieur droit de Poker se met à résonner. Marie sort son attirail portatif de maréchalerie et remet en place le fer. Chapeau l'artiste !
Dans une clairière aménagée, au bord d'un ruisseau, nous installons les cordes d'attache. Les chevaux sont dessellés, le pique-nique est étalé sur une des tables.

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Rassasiés, nous repartons vers les hauteurs, passage de gué, longue allée, chemin creux, chemin boueux, et la journée se termine sous un soleil radieux. Les chevaux sont bouchonnés, alimentés avant de retrouver leur pâture où ils s'ébattent avec plaisir.
Mais l'intendance n'a pas suivi. Malgré l'utilisation d'un GPS, notre voiture suiveuse, devant nous rejoindre dans la matinée avec le ravitaillement du soir, n'a pas trouvé le "Leclerc de Châteaulin" à Vannes et s'est retrouvée, égarée à Rennes, en pensant être en direction de Quimper. Devant ce sens inné de l'orientation, Marie l'a gentiment remerciée, et nous avons pris notre destin en main.
A nous les emplettes, à nous la préparation culinaire et toujours au son de l'accordéon diatonique de Ricou, nous peaufinons notre répertoire chanté.
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Nous quittons les lieux pour une étape à Saint Rivoal. Les tâches se distribuent naturellement : petit déjeuner pour certains, repas des chevaux, préparation du pique-nique, nettoyage du gîte et chargement des voitures pour d'autres. Tandis que Christian, Marie et Catcat se rendent au gîte communal de Saint Rivoal, déposer les affaires personnelles, la bouffe et le matériel de pansage, nous préparons l'ensemble de la cavalerie.
Nous quittons le centre équestre, en direction de la forêt domaniale que nous traversons de part en part. Nous poursuivons notre périple à travers la lande, une lande de bruyères et d'ajoncs, que nous dominons, assis du haut de nos destriers. Une pente abrupte donne l'occasion aux chevaux de montrer leur force naturelle à franchir des obstacles et leur calme olympien dans cet environnement assez hostile. La sente longe les crêtes du Menez-Meur.

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Le panorama sur le parc naturel régional est époustouflant. Dans un chemin creux, nous descendons de cheval pour passer sous des arbres couchés en travers. Malgré cela, Catcat et son grand Fidji ne peuvent passer, Christian vient à son secours en soulevant le tronc d'une poussée dorsale vigoureuse. A proximité d'un gué, nous installons notre bivouac du midi : ligne d'attache, selles et sacoches déposées, poncho en guise de nappe et un petit coup de rosé avec les chips arrivées intactes.
Vers dix sept heures, nous entrons dans le bourg de Saint Rivoal, Les chevaux sont soignés, nourris et envoyés dans une pâture mise à disposition des cavaliers itinérants. Nous récupérons deux chambres minuscules, tandis que Juliette et Emilie montent leur tente près du gîte. Nous partageons le gîte avec un groupe de randonneurs pédestres de la région parisienne. Il devient difficile de se tourner dans la cuisine et de retrouver dans le frigo, les affaires des uns et des autres. Malgré cette promiscuité, avec les restes de poulet, Martine nous mijote un petit émincé aux légumes. Au moment du dessert, Juliette qui va avoir ses treize ans est honorée d'un "happy birthday".
A la table d'à côté, les parisiens lui offrent une mousse au chocolat et, à la guitare, un des randonneurs lui entonne une mélodie en anglais.
Il suffit d'un petit rien pour déclencher une soirée mémorable. Ricou sort son accordéon et les tables se répondent en chansons.
Au moment de l'endormissement, je me sens interpellé pour un début de ronflement fictif. Je réfute, on me nargue, et la rumeur va bon train jusqu'au lendemain.

La première occupation de la matinée, après la douche, est de filer voir les chevaux et leur donner leur ration d'aliment.
Puis tout le monde se retrouve autour du petit déjeuner, avant de recharger la voiture et d' harnacher son cheval.
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Nous traversons le bourg, descendons un chemin raviné et aboutissons à un petit pont. Celui-ci ne semble pas en mesure de supporter le poids d'un cheval, la traversée à gué semble incontournable. Nous descendons de cheval et les cavaliers ayant des bottes sont mis à contribution, mais les chevaux piétinent et s'enfoncent au bord du ruisseau. Après deux passages délicats, Marie décide un demi-tour, son cheval accroche et arrache une de mes sacoches, puis Poker me pousse dans les pierres, je m'affale et me fait écrabouiller le pied gauche par son sabot. Bon début de balade. Heureusement pas de mal, rien qu'un petit hématome à la cuisse. De retour sur la route, je vide le contenu de ma sacoche et le distribue aux autres.
Nous suivons la route qui subit une cure de jouvence pour retrouver, un peu plus loin, le chemin. Nous respirons les effluves de goudron pendant quelques kilomètres. Puis nous récupérons le GR. Un nouveau gué d'un mètre de profondeur stoppe net l'élan des montures. Séquence émotion. Malabueno et Nitendo passent la rivière sans trop de difficultés. Poker hésite un moment, approche lentement du bord et prend confiance. Arrivé au milieu du gué, je prends une vague d'éclaboussures. Loreleï que Géraldine n'a pas réussi à retenir, à sauter littéralement dans la rivière à la suite de Poker. Quant à Géronimo, il nous suit tranquillement. Tandis que nous remontons sur la rive escarpée, les quatre chevaux restants résistent à toute tentative. Enfin, avec l'aide de Marie, Mozart et Diana passent à leur tour. Seules, Fidji et Elix rechignent à s'approcher du bord. Catcat demande à être remplacée. Je monte sur le dos de Fidji et parviens, non sans mal, à le faire traverser suivi de près par Martine.
Nous chevauchons sur une belle piste forestière. Dans une belle montée, au trot, les chevaux se dégourdissent les jambes et les cavaliers prennent un plaisir fou.
A peine les sacoches refermées et la digestion entamée, que la pluie se met à tomber. Les ponchos sont sortis prestement et sous une bonne rincée, nous rejoignons le centre équestre du Cranou.
Le camion est revenu du garage. Une histoire de filtre à gasoil bouché a suffi pour donner un peu de piment "d'Espelette" à cette randonnée.
Le retour vers le centre des Vallons se fait à vitesse normale au plus grand soulagement de tous.

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