Tour de la haute forêt de Brocéliande : 13 et 14 avril 2009

 

Pendant que Madame et sa fille brunissent au soleil de Djerba, je vais me ressourcer dans la légendaire forêt de Brocéliande.
Une boucle qui emprunte le GR 37 et le GRP, en passant par les sites remarquables de la légende arthurienne.
J'en profite d'être seul pour tenter l'aventure en autonomie complète : couchage, nourriture.
Du petit bourg de Beignon , où j'ai laissé mon véhicule, je m'engage dans une sente qui descend en ligne directe vers la vallée de l'Aff.
La rivière longe le bord de la forêt, sur sa partie sud.
Je remonte le cours d'eau, qui zigzague, sous un couvert de jeunes feuilles printanières.
Tel un chemin de halage, le sentier suit les courbes sinueuses de l'eau vive.

Des touffes de fleurs violettes parasitent la racine des arbres, la Lathrée clandestine semble sortir de la terre pour colorer la monotonie du tapis de feuilles mortes.
La brume se dissipe peu à peu, les chants des oiseaux, avec l'apparition des premiers rayons solaires, s'amplifient dans cette partie boisée où nul être n'apparaît.
Au bout d'une heure et demie de marche, j'atteins la lisière de la forêt, la lande avec ses ajoncs, dans leur livrée dorée, délivre son odeur captivante de noix de coco. Je laisse la station biologique de Paimpont à ma droite et monte vers le village de la Guette, où le bocage domine. Le sentier suit la ligne de crêtes et ouvre une perspective grandiose sur le camp de Coëtquidan.
A deux kilomètres de la Chapelle Saint Jean, je bifurque à droite pour retrouver la forêt.
Cette portion de sentier, ouvert du 1
er avril au 30 septembre, en dehors de la saison de chasse, me dirige vers le Val sans retour, le miroir aux fées et l'arbre d'Or.
De ce val des "faux amants" où la fée Morgan enferme les amants infidèles, je ressorts fier et gaillard tel Lancelot du Lac sur son fier destrier blanc.

Je rejoins Tréhorenteuc, en passant par les hauteurs. Le jaune flamboyant des ajoncs côtoie le pourpre du schiste et le bleu du ciel.
En dehors des sites dits remarquables, je ne rencontre personne. Aucun randonneur, aucun vététiste, aucun cavalier ne viennent troubler mon périple.
A Folle-pensée, je déballe mon casse-croûte, puis repars en direction de la fontaine de Barenton. Une si belle fontaine, où la résurgence de l'eau au milieu des bois a été chantée par les bardes bretons pour ses pouvoirs surnaturels. Gâchée par la présence d'indélicats qui stationnent sur le perron, je ne m'attarde pas dans ce lieu pourtant si envoûtant.
Le poids du sac commence à se faire sentir, et les jambes sont lourdes. Pourtant il me reste une dizaine de kilomètres à parcourir avant d'atteindre mon bivouac.
Ma course me mène vers le chêne à Guillotin. Un arbre creux, d'une circonférence d'une dizaine de mètres, où l'abbé Guillotin, prêtre réfractaire durant la révolution française, a pu s'y cacher et échapper aux bleus.
Les derniers kilomètres, effectués en grande partie sur les routes bitumées, pèsent sur les épaules et dans les jambes. Enfin ! Paimpont. Après 35 kilomètres et 8 heures de marche.
Je monte la tente au camping municipal quasi désert alors qu'autour de l'abbaye, çà grouille de visiteurs motorisés.
Le lendemain, les douleurs musculaires, le manque de sommeil et la météo peu engageante m'incitent à rejoindre Beignon par la variante la plus courte.
Je démonte une tente trempée, enfile le poncho et les guêtres et repars sur le GRP pour rejoindre la vallée de l'Aff. La bruine et la brume ajoutent à la sinistrose ambiante. Je regrette d'avoir surestimer mes potentialités en matière de marche au long cours. Mon corps n'est plus adapté à de tels efforts. Au moins l'expérience sera salutaire tant du point de vue physique que convivial. En effet, le gîte et le refuge permettent les rencontres, les échanges, et non la solitude imposée par la toile de tente.
Je retrouve l'Aff dans son écrin arboré. Une dizaine de kilomètres m'a permis de retrouver mon point de départ.
Je désirais combler une lacune en tentant cette petite aventure de deux jours. La randonnée me comble toujours autant, mais dans des conditions où l'effort physique ne rime pas avec douleur, où le manger et le dormir riment avec confort et où les rencontres sont possibles et enrichissantes.