Ce mercredi 30 décembre 2009, l'auto s'engage sur la nationale en direction de Brest.
La nuit est encore bien présente lorsqu'elle longe les quais du port de commerce à la recherche de la darse où doit être amarré l'Enez Eussa III.
Après de multiples allers et retours entre Océanopolis et le terminal hydrocarbure, un vigile de la capitainerie nous indique la direction de l'embarcadère pour l'île d'Ouessant.
Le jour se lève à peine lorsque les aussières sont virées et que le transbordeur quitte le quai.
Au milieu d'un dédale lumineux de balises et de phares, notre bâtiment trace son sillage dans la rade de Brest.
Confortablement installés dans le salon supérieur, nous voyons la côte défiler sur tribord.
A l'aplomb de la pointe Saint Mathieu, les rayons solaires percent l'épaisseur des nuages, et illuminent la houle renforcée par un vent de noroît. Le personnel de navigation, très entreprenant, distribue les sacs pour le mal de mer et recueille les vissicitudes de quelques estomacs fragiles.
L'arrivée au Conquet permet à quelques passagers de se refaire une santé tandis que sur l'échelle de coupée, le flot de touristes embarque à bord.
Le pont supérieur est pris d'assaut. Puis le bateau reprend sa route vers le port du Stiff, en se détournant vers l'île de Molène pour une nouvelle escale.
Avec une demi-heure de retard, nous débarquons à la crêperie-bouquinerie du Kéo qui nous ouvre chaleureusement les bras.

Notre chambre, située au deuxième étage, sous les combles, offre une vue remarquable sur le port de Lampaul.
Avec beaucoup d'empressement, nous rejoignons le sentier côtier qui longe, sur sa partie gauche, la baie de Lampaul.
L'île a dû recevoir son quota de pluviométrie, car les chemins sont boueux et glissants.
Plus nous approchons du phare de Nividic, plus la houle résiduelle se fait sentir. Elle matraque la roche granitique et éclate, à son contact, en de longues gerbes fusantes.
Dame nature nous offre son plus beau visage : un soleil radieux, des nuages aux formes complexes, une mer agitée, des roches aux sculptures tarabiscotées sur un tapis de verdure comme salle de spectacle.
Mais où sont passés tous ces passagers amassés derrière les bastingages du transbordeur ? La présence marginale de quelques randonneurs sur le sentier côtier nous étonnera toujours.
Puis apparaît, majestueux, la haute tour blanche et noire du Créac'h.
Les sentiers tracés sur une pelouse de fétuques rases font penser à un green de golf. Les roches acérées sont un rempart aux assauts incessants des vagues qui se forment à l'approche de la côte. Par une petite route perpendiculaire, le clocher de l'église en point de mire, nous rejoignons le centre du bourg.
Installés dans le salon du Kéo, aux murs recouverts de boiseries, nous dégustons quelques crêpes bien méritées.

 

Votre mission, si vous l'acceptez, sera de trouver et de marquer sur la carte un point d'où seront visibles les cinq phares  (Le Stiff, Kéréon, La Jument, Nividic, Créac'h) entourant l'île. Nos amis comptent sur notre perspicacité pour pouvoir aux douze coups de minuit fêter la nouvelle année, non pas aux lampions, mais aux candélas projetés par les lentilles des cinq phares. Après avoir parcouru, la veille, la branche de Locqueltas, sans apercevoir Kéréon, nous allons sillonner, en ce jeudi 31 décembre, la branche sud de Feunteun Vélen (fontaine jaune).
Un copieux déjeuner nous attend pour affronter la fraîcheur hivernale. Pascale, nous incite à ne pas tarder à faire nos emplettes, car les commerces alimentaires sont pris d'assaut. Dans un calme tout relatif, nous remplissons notre sac à dos, des denrées nécessaires à nos pique-niques.
Le vent a tourné à l'est, la houle est tombée et la mer est calme. La lumière est fantastique, le soleil joue à cache-cache avec les nuages, un arc en ciel surplombe le phare de Nividic. A marée basse, dans Porz Goret, les stipes des laminaires apparaissent au ras de l'eau. Cette anse, bien protégée, offre aux  oiseaux un hâvre de paix pour s'abriter des fureurs de l'océan (Héron cendré, Canards colvert, Aigrette garzette). Et, à nous, pauvres marcheurs, un lieu de contemplation.
A la pyramide des Runiou, amer blanchâtre, les cinq phares sont visibles. Mais le site est fort éloigné du gîte. Nous continuons notre quête le long du sentier côtier en revenant vers  la pointe de Penn ar Roc'h.
La trace suit la ligne tourmentée des falaises qui plongent dans la mer d'Iroise. Le regard s'attarde au pied des roches où viennent s'accumuler des épaves de toutes sortes : troncs d'arbres, palettes, plastiques. Certaines feront le bonheur des îliens qui pourront ainsi alimenter leur cheminée de bois dont Ouessant est fort dépourvu. A l'approche d'une ruine, deux pans de mur implantés sur un petit promontoire, les cinq phares se répondent. L'observatoire semble idéal, tant au niveau facilité d'accès, que distance, pour venir en pleine nuit, se biser pour la nouvelle année. Mission accomplie. Nous en profitons pour étaler notre casse-croûte et goûter un cake à la saucisse fumée dans les mottes. Puis le temps devenant menaçant, nous rejoignons le bourg de Lampaul.
Beaucoup d'émotions, d'incompréhension, de colère sur le parvis de l'église. Une des guirlandes illuminant les sapins encadrant la porte d'entrée a été dérobée durant la nuit. Qui aurait pu penser qu'un tel acte de vandalisme pût être commis dans cette contrée ?
Pour le réveillon, coté tenue, les vêtements chauds sont de rigueur pour affronter la froidure de notre virée nocturne. Auparavant, nous dînons de mets et de vins de circonstance, puis champagnes et flûtes répartis dans les sacs à dos, nous quittons le gîte, sous la clarté d'une pleine lune. Au bout de quarante cinq minutes de marche, nous arrivons en vue de la ruine. Et là, ô surprise, nous ne comptons pas moins de huit faisceaux lumineux, à scintillements, à éclats, à occultations, aux signaux blancs, rouges ou verts. De là, naît une polémique sur la situation réelle du phare de Kéréon, qui pour certains se situent plus à gauche, d'autres à proximité. Mais les douze coups de minuit sont proches, le champagne est servi et chacun de se souhaiter plein de bonheur.  Pour immortaliser cet évènement, sur l'île au bout du monde, l'appareil photo est enclenché sur le retardateur, et les différentes prises de vue, trop rapides, mal cadrées, seront l'occasion de fous rires et de gesticulations. La nuit fût belle.

Jour de l'an 2010
Pour notre dernière journée sur l'île, avant de reprendre le bateau, nous avons envisagé de refaire la rando de mercredi en sens inverse. De plus, Pascale nous a laissé la chambre pour la journée, en contrepartie nous nous passerons d'un petit déjeuner servi afin qu'elle puisse profiter de sa grasse matinée.
Le vent de nordet est glacial. Nous rejoignons la côte nord, d'abord par la route, puis lorsque nous nous engageons dans les chemins, nous pataugeons rapidement dans un sol détrempé. Martine, dont les chaussures sont peu étanches, sent l'humidité traverser la couche goretex.
Le terrain devenant de plus en plus marécageux, un demi-tour s'impose jusqu'à fouler la couche de bitume qui nous mène au phare du Créac'h où nous récupérons le sentier douanier.
La marée basse, par fort coefficient, nous fait découvrir de nouveaux horizons. Ainsi, nous approchons d'assez près, le premier pylône qui servait à l'alimentation électrique du phare de Nividic.
Puis après avoir contourné la pointe de pern, nous prenons le vent en pleine figure. D'un commun accord, nous décidons de reporter notre pique-nique
De retour au bourg de Lampaul, nous profitons d'un endroit bien abrité pour déballer notre frichti.
L'heure de rejoindre la navette est proche, nous quittons notre chambre, grimpons dans le bus et retrouvons nos quatre compères sur le quai du Stiff.
Tandis que les remous des hélices nous éloignent de cette terre si hospitalière, nous profitons du coucher du soleil pour rêver encore un peu.

 

Le super bonus : des clichés supplémentaires dans la galerie photos : Bretagne-Ouessant 2009