Samedi 4 août

Après une semaine d'acclimatation à l'altitude en Lozère, nous poursuivons vers les Hautes Pyrénées. Toutefois, afin de compléter un matériel détérioré (bâton et cape de pluie), testé en conditions réelles sur le Causse Noir, nous faisons halte à Toulouse dans une grande enseigne de sport.

Pour rejoindre Barèges, le GPS nous amène au pied du col du Tourmalet. A mi-pente, le brouillard envahit la montagne. Dans la voiture, l'ambiance est angoissante. Les vaches et les moutons circulent librement sur la route. Le manque de visibilité effraie la passagère qui voudrait attendre la dissipation du brouillard, autrement dit passer la nuit au milieu du col. Imperturbable, je continue la descente vers Barèges que nous atteignons tranquillement vers 17 heures.

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  Vers la Hourquette d'Aubert

A peine avons-nous franchi les portes du gîte de l'Oasis que le gérant nous invite à profiter de la journée portes ouvertes aux thermes de Barèges. Aussitôt nous récupérons nos maillots de bain et descendons aux thermes pour profiter du centre thermoludique. Un peignoir, des claquettes, et nous voici plongés dans une ambiance de curistes. La piscine à 34°c, les jacuzzis, le hammam, les brumisateurs nous délassent d'une journée de route un peu stressante.

Après cet intermède balnéo, nous devons penser à nos provisions pour les quatre midis de pique-nique dans la réserve du Néouvielle. Sans hésitation, le saucisson de Barèges, l'authentique, le meilleur, goûteux, vendu au mètre doit assurer notre apport en protéine. Martine ne tarira pas d'éloges sur ce morceau de charcuterie de montagne.

De retour au gîte, nous dînons en compagnie de randonneurs qui font soit la totalité du GR10, soit une partie.

Dimanche 5 août

Départ : Parking du Pont de Gaubie

Arrivée : Refuge du lac de l'Oule

Itinéraire par la Hourquette d'Aubert

Dénivelée : +1358m, -1076m

Longueur : 17 km

Carte : voir Topos Randos

Nous garons la voiture au Pont de Gaubie afin d'éviter une montée depuis Barèges peu intéressante. Le GR 10 part sur une piste forestière en direction du pic de Madamète. En ce début de matinée, le brouillard est peu dense, les cloches des bêtes en estive résonnent dans la vallée. Peu à peu, la pente s'accentue et le sentier en lacets nous rapproche de la Hourquette d'Aubert située à 2497mètres. Nous abordons le lac des Coubous à mi-chemin et une multitude de petits laquets. Nous avons coupé le cordon avec la civilisation. Nous nous retrouvons seuls dans cette ascension car la plupart des randonneurs ont poursuivi sur le gr10. Des nappes de brouillard s'élèvent le long des versants montagneux tandis que les massifs de rhododendrons s'agrippent au milieu des pierriers. La floraison teinte la montagne d'une couleur rougeâtre. Le lac Nère est laissé à gauche, dans son écrin minéral, afin de contourner par la droite le lac Estagnol. Nous abordons la dernière pente, assez raide qui, en courbes serrées, nous amène au col. L'arrivée à une brèche est toujours attendue avec beaucoup d'impatience et le rythme de nos pas s'accélère instinctivement dans les derniers cent mètres. Une impatience liée à une certaine satisfaction de l'effort accompli et à la curiosité de l'au-delà.(belle analyse !)

Nous surplombons les lacs d'Aubert et d'Aumar. Une longue descente nous attend jusqu'au chalet de l'Oule, entrecoupée du col d'Estoudou mais nous prenons le temps de poser les sacs et de profiter de ces instants magiques.

 

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  Panorama sur le lac Nère

Au bord de l'eau cristalline du lac d'Aumar, nous déplions nos ponchos pour savourer nos premières rondelles de saucisson. Les randonnées en Lozère ont été profitables car nous ne ressentons aucune fatigue malgré le dénivelé déjà parcouru.

Nous croisons un troupeau de vaches qui a emprunté le GR en sens inverse. Comme le petit poucet, nous suivons les bouses jusqu'au col d'Estoudou sans parvenir, par endroits, à éviter de mettre le pied dedans, tant la profusion est importante. En haut du col, nous distinguons le lac de l'Oule. La descente pentue se fait à travers une forêt de hêtres. Le refuge est situé, au pied du barrage. Une minuscule chambre avec lits superposés nous est allouée. On se croirait en wagon couchette.

A table, situés entre un groupe de randonneurs et deux hollandais, il est difficile de lier connaissance. Au moment de se coucher, nos voisines de chambrée n'en finissent pas de bavasser sans aucune retenue. Martine se fâche et rétablit un silence propice à l'endormissement.

Lundi 5 août

Départ : Refuge du lac de l'Oule

Arrivée : Refuge de Campana du Cloutou

Itinéraire par le col de Bastan

Dénivelée : +820m, -420m

Longueur : 9,5 km

Carte : voir Topos Randos

Nous profitons que l'étape soit relativement courte pour prolonger notre réveil. Ainsi, nous arrivons dans une salle à manger déjà désertée par le groupe de randonneurs. Un nazairien, seul sur le GR10, vient se joindre à nous.

Nous partirons de concert sur les bords du lac avant que chacun retrouve son itinéraire. Nous filons plein nord en direction du col de Bastan. La pente monte régulièrement. Les herbages font place à la forêt. Une cabane, munie de panneaux photovoltaïques, implantée sur un replat, loge un couple de jeunes bergers. Les border collie, rapidement rappelés à l'ordre, nous regardent passer en laissant échapper quelques aboiements (alors ils aboient ou pas ?). Bientôt, nous serons rejoints par les bergers qui vont retrouver leurs troupeaux disséminés dans la montagne. L'estive dure quatre mois. Des mois à surveiller les moutons, leur donner des soins, totalement coupés du monde.

Au refuge de Bastan, nous savourons un bon café sur la terrasse qui surplombe le lac. Les bergers se sont également arrêtés pour prendre des nouvelles de la petite famille des gardiens du refuge. Le col de Bastan se profile à l'horizon. Un dénivelé de 300 mètres doit nous faire basculer dans l'autre vallée.

La montée s'effectue sans difficulté. La pause déjeuner est décrétée versant nord pour se protéger du vent. Devant nous, s'étale le lac de la Hourquette. Nous savourons notre pique-nique lorsque qu'une famille belge, en provenance d'Artigues, se pose également au col pour se restaurer. Le brouillard envahit la vallée du Cloutou, se bloquant aux parois du pic de Bastan et de Portarras.

 

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                                                                              Lac de Bastan

En descendant, la visibilité devient très faible et nous ne distinguons plus le paysage. Vers quatorze heures, la forme pyramidale du refuge de Campana du Cloutou apparaît. Nous nous installons, à l'abri de l'humidité, à l'intérieur du gîte en compagnie d'un groupe de grenoblois accompagné par des guides de haute montagne. La conversation s'engage et s'anime autour d'une partie de belote.

Des randonneurs en bivouac viennent chercher un peu de chaleur dans la salle commune. A travers les vitres embuées, la pluie et le brouillard isolent le refuge au milieu de la montagne. Pour aller aux toilettes, situées dans une cabane, à 50 mètres du gîte, il faut remettre les chaussures et le coupe-vent.

Pour la douche, seule, Martine a testé une armature de quatre planches, située à l'extérieur et alimentée en eau froide.

Après un repas réconfortant, chacun reprend ses occupations ludiques ou littéraires avant de grimper au dortoir, situé à l'étage. Son accès intérieur fait d'une planche verticale entaillée est assez acrobatique.

Mardi 6 août

Départ : Refuge de Campana du Cloutou

Arrivée : Refuge d'Orédon

Itinéraire par la Hourquette de Caderolles, Lacs d'Estibère et col d'Aumar

Dénivelée : +988m, -1339m

Longueur : 17 km

Carte : voir Topos Randos

Le petit déjeuner au refuge de Campana du Cloutou est exquis. Un délicieux pain d'épices parfumé à la cannelle, à l'anis et au clou de girofle nous a conquis au point d'en demander la recette au gardien. Nous quittons le refuge sous un soleil rasant. La lumière est fabuleuse et quelques levées de brouillard rendent les zones humides fantasmagoriques. Nous retournons sur nos pas afin de récupérer la bifurcation vers la hourquette de Caderolles, au pied du col de Bastan. Le brouillard nous poursuit sans toutefois arriver à nous masquer le paysage. La descente dans le vallon de Porh Bielh est assez raide, les pierres glissent sous nos chaussures, les lacets serrés au départ se font plus espacés. Au bord du lac de Bastan, le sentier se perd dans les pierriers et nous marchons à l'estime jusqu'au ruisseau de Porh-Bielh. Les rhododendrons sont omniprésents. Leur présence et leur floraison atténuent la sensation minérale de la montagne.

Nous longeons le ruisseau jusqu'à un refuge en tôle rouillée. Le gué est franchi aléatoirement, chacun choisissant ses appuis suivant sa morphologie et saisissant une main secourable. Le sentier remonte jusqu'à une altitude de 2465 mètres, quelques cairns disposés çà et là tentent d'indiquer la bonne direction. Au col, malgré une certaine fraîcheur, nous déposons notre ravitaillement sur une immense pierre plate.

 

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 En quittant Le refuge de Campana du Cloutou

Le vent s'engouffre dans la brèche, et malgré des apparitions furtives de l'astre solaire, nous devons enfiler la polaire. Repus, nous descendons vers un replat marécageux où miroitent les lacs d'Estibère. De nombreux torrents rejoignent le bassin lacustre. Nous contournons les tourbières surmontées d'une forêt primaire de pins à crochets. Un dernier effort pour franchir le col d'Aumar et nous retrouvons les lacs d'Aumar et d'Aubert avant d'emprunter le sentier des laquettes (laquettes ?) pour rejoindre le gîte. En descendant, le brouillard se fait de plus en plus dense, et nous ne distinguerons pas grand-chose jusqu'à Orédon.

De toute la journée, nous n'avions pas rencontré âme qui vive, à part une marmotte bien craintive, quand tout à coup, nous nous retrouvons entourés d'une multitude de randonneurs. La transition est brutale.

Le gîte d'Orédon ressemble plus à un hôtel, tout le confort, un bar, un restaurant, des sanitaires dans les chambres. Nous retrouvons la famille belge et le groupe de grenoblois, le temps d'échanger nos impressions de la journée.

Le repas ressemble étrangement à celui de Campana du Cloutou : garbure et confit.

Devant notre bonne volonté à regrouper nos assiettes et couverts et le bagout de Martine nous aurons droit à un dessert ès spécial : une torsade de chantilly en plus du gâteau et de la boule de glace.

Mercredi 7 août

Départ : Refuge d'Orédon

Arrivée : Parking du Pont de Gaubie

Itinéraire par les laquets et le col de Madamète

Dénivelée : +1169m, -1500m

Longueur : 18,5 km

Carte : voir Topos Randos

Pour notre dernière étape dans le Néouvielle, nous quittons le refuge de bonne heure, en espérant profiter d'une levée du brouillard pour apercevoir les laquets. Malheureusement, le voile d'humidité est tenace et nous n'aurons pas la vue d'ensemble espérée. Au lac d'Aubert, nous suivons quelques randonneurs. Au bout d'une demi-heure de montée, le chemin semble se diriger vers la hourquette d'Aubert. Il faut se rendre à l'évidence. Nous avons loupé la bifurcation avec le GR10. Redescendre semble la meilleure solution pour retrouver la bonne voie. Un groupe d'étudiants naturalistes nous précède. Par bribes éparses, des notions sur la biodiversité des systèmes alpins nous sont distillées au gré des lacets qui grimpent vers le lac de Madamète. Trois randonneuses qui suivent nos traces, nous rattrapent et nous doublent dans le pierrier qui contourne le lac. Avant d'aborder la dernière pente vers le col, l'une des trois se plaint de douleur au pied, provoquée par des chaussures neuves. Martine profite de l'occasion pour expliquer sa méthode de laçage qui permet de rendre une certaine liberté à la cheville sans compromettre sa fixité.

 

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                          Lac de Madamète

Après quelques passages de névés, le col est atteint. L'ascension du Pic de Madamète est envisageable. Mais auparavant, nous reprenons des forces et observons nos trois randonneuses qui ont commencé à gravir le pic. Nous entamons la grimpette, puis à vingt mètres du sommet, Martine réalise la stupidité d'être allée aussi loin, mais la descente serait plus périlleuse que la montée vers le pic. La peur et le stress sont relativement maîtrisés pour pouvoir atteindre la crête sommitale. Un immense cairn est dressé sur le pic. Nous admirons l'ensemble du massif du Néouvielle, et devant l'impatience de ma moitié, nous reprenons rapidement le chemin opposé pour aborder la descente. Les pierres roulent sous les chaussures, et Martine n'envisage pas de redescendre autrement qu'accroupie ou sur les fesses. Nous prenons donc tout notre temps pour arriver sur un sentier moins pentu et propice à la station debout.

De retour au col, et une certaine sérénité retrouvée, il nous reste à avaler 1000 mètres de dénivelé négatif. Cette descente à travers une sente caillouteuse est harassante pour les genoux. Il faut regarder systématiquement où poser les pieds.

A partir de la cabane d'Aygues-Cluses, malgré un chemin plus praticable, la descente paraît interminable.

Nous retrouvons la bifurcation de la Hourquette d'Aubert et la boucle est bouclée.

Nous avons passé quatre jours inoubliables dans cette réserve naturelle du Néouvielle, avec des paysages grandioses, une faible fréquentation pour notre plus grande satisfaction, des rencontres éphémères mais fort sympathiques.

Une dernière nuit au refuge de l'oasis, un passage à la charcuterie pour réapprovisionner en saucisson label rouge avant de rejoindre Saint Jean de Luz pour quelques jours de farniente et de bronzage.