Que d’émotions !
Une semaine avant le départ, Nestor, mon cheval, dérobe entre les obstacles d’un double vertical, me propulsant, force centrifuge oblige, dans les barres et chandelier.
Bilan : une côte fracturée.
Partira ou partira pas ?
Avec la bénédiction de mon médecin traitant et bourré d’antalgique, confortablement installé à bord du TGV, je suis transporté vers la capitale.
Première étape de notre périple culturel entre Paris et Florence, l’expo Turner nous ouvre les portes de la galerie du Grand Palais.
Quel est mon étonnement devant les répliques inspirées de ce peintre anglais qui reprend les œuvres de ses prédécesseurs ou de ses concurrents. Le peu de visiteurs permet d’apprécier à leur juste valeur, les tableaux exposés.
Dans une optique d’un voyage au bilan carbone relativement modeste, nous avons opté pour le train de nuit. A la gare de Bercy, le Lunéa vient s’aligner le long du quai. Notre compartiment est occupé par quatre asiatiques, un petit tour et deux s’en vont ; quatre petits tours et une famille franco-italienne avec nouveau-né et enfant en bas âge envahit l’espace confiné de notre alvéole. Le compte n’y est pas. Huit personnes pour six couchettes. Nous comprenons rapidement que les enfants dormiront dans les bras de leurs parents.
Malgré la codéine, les vibrations et l’inconfort des couchettes réveillent une douleur lancinante au niveau de la cage thoracique. La nuit sera longue avant de mettre un pied sur les quais de Florence.


En attendant l’ouverture de la foresteria Valdese qui nous hébergera durant tout notre séjour, nous sortons de la gare à la recherche d’un estaminet pour prendre un petit déjeuner bien mérité. Sur la place Santa Maria de Novella, le premier venu fait l’affaire. Après avoir passé commande, nous nous installons dans la salle. Curieusement, je visualise deux cartes tarifaires, l’une destinée aux consommations prises au comptoir, l’autre attablés comme nous le sommes. Et la variation des prix entre les deux est exorbitante, plus de trois fois.
Il conviendra de ne pas renouveler l’expérience trop souvent.Nous déposons les bagages dans l’armoire de notre chambre, qui doit subir un nettoyage en règle.
Puis nous repartons vers le centre ville, jusqu’à la piazza della signora où se concentrent le palais Vecchio, la galerie des offices et la loggia dei Lanzi. La ville est bruyante de la circulation des autos, vespas, scooters, motos qui démarrent en trombe à chaque feu. A cette heure matinale, les touristes sont encore peu nombreux à rôder autour des monuments emblématiques de la ville. Nous découvrons les premières statues florentines, gigantesques, raffinées, réalistes dans les moindres détails. Dans les rues commerçantes, qui font la jonction entre les sites touristiques, le luxe italien s’affiche : Prada, Ferragano, Gucci, Armani, et inévitablement attire le regard des badauds.
En débouchant de la rue Cazaluoli, nous apercevons la tour en marbres, vert de Prato, rouge de Maremma et blanc de Carrare, du campanile du Duomo. La beauté des monuments est éclatante. Cette masse architecturale composée de l’église, du campanile et du baptistère trouve sa légèreté par une profusion de sculptures, de colonnades, de niches, de pilastres, d’arcatures taillés dans des marbres de différentes provenances, de différentes teintes.
Le marché de San Lorenzo est l’endroit idéal pour composer notre repas du midi. Du jambon sec de Toscane, découpée finement, du pecorino (fromage de brebis), quelques fruits, du pain et un endroit idéal pour déguster ces saveurs italiennes. Les jardins florentins sont d’un accès plutôt difficile, nous trouvons néanmoins un petit square pour nous poser.
Après un passage furtif à la Foresteria, nous tentons une approche vers la galerie des offices. La file d’attente est déjà longue. Au bout d’un quart d’heure d’attente sans avoir décollé nos semelles d’un centimètre, nous renonçons et remettons cette visite au lendemain, nous promettant d’y être avant l’heure d’ouverture.
Nous traversons l’Arno par le fameux Ponte Vecchio afin de rejoindre le Palais Pitti. Nous n’avons pas l’insigne honneur de pouvoir emprunter le corridor couvert qui permettait aux Médicis de circuler entre les palais Vecchio et Pitti en toute quiétude.
Nous préférons, à la visite du palais, celle des jardins de Boboli et de Bardini, du musée de la porcelaine, de l’argenterie et des costumes.
Le jardin de Bardini surplombe Florence. La coupole du Duomo domine la ville de sa masse spectaculaire. Nous découvrons un jardin à l’italienne avec sa statuaire, son escalier monumental, ses pergolas, sa collection d’hydrangeas. Un havre de paix, loin de l’agitation et du tumulte de la ville.
Vers dix sept heures, nous décidons de rentrer, la fatigue du voyage, les kilomètres parcourus à pied, la côte brisée commencent à se faire ressentir.
Pour notre dîner de ce soir, nous avons choisi un petit restaurant il Magazino dans le quartier de Santo Spirito.
Je vais pouvoir savourer les délicieuses tripes florentines. Et je ne suis pas déçu. Délicieuses, fondantes, une régalade sans pareil.

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Sept heures trente : petit déjeuner
Huit heures quinze : file d’attente pour l’ouverture de la galerie des offices
Huit heures quarante cinq : début de la visite.
Timing respecté.
On ne boude pas notre plaisir d’être dans un des plus grands musées du monde aux œuvres picturales de premier ordre.
Nous suivons le cheminement chronologique de la peinture italienne. Nous nous amusons des groupes d’asiatiques qui ne s’attardent que sur les œuvres majeures et filent de salle en salle sans daigner jeter un regard aux autres tableaux.
Les premières œuvres, de facture religieuse, ressemblent aux icônes byzantines où l'or domine. Il faudra attendre la huitième salle pour découvrir un peintre dont le nom, à travers les manuels scolaires, ne me soit pas inconnu : Boticelli; et ensuite Léonard de Vinci. Je retrouve mes repères dans la Renaissance Italienne avec les œuvres de Michel-Ange et de Raphaël.
J'ai un faible pour le maniérisme italien avec les tableaux vénitiens du Tintoret et de Véronèse. Certaines de ces peintures ne nous sont d'ailleurs pas inconnues puisque Turner en avait repris l'esprit.
Je n'aurais jamais pensé pouvoir passer autant de temps à parcourir un musée. En trois heures, nous avons parcouru l'ensemble des salles. Il est certain que nos amis asiatiques ont bouclé, au même moment, la galerie de l'académia et le musée de San Marco, à moins qu'ils ne soient déjà en route pour Rome. Mais surtout ne pas perdre le guide qui même en temps de sècheresse, brandit son parapluie. Une seule chose de positif, chacun est branché par une oreillette, aux commentaires de son guide. Plus de vociférations dans les salles, juste un murmure qui laisse de marbre ces visages impassibles.

Avant d'en remettre une couche (de peinture), rien ne vaut un petit break à la chambre, D'autant que nous pouvons profiter d'une vaste terrasse pour pique-niquer. Nous achetons dans la boulangerie, proche de l'église de San Felice, des délicieuses parts de pizza.

Rassasiés, reposés, délassés, du bon pied, nous nous dirigeons vers le ponte Vecchio afin de rejoindre la basilique de Santa Croce.

La grande place, entourée de maisons à encorbellements, permet d'avoir un recul sur la façade de marbre de l'église. Cette église renferme les tombeaux d'illustres italiens : Michel-Ange, Machiavel, Rossini, Galilée.

Le sol est couvert de pierres tombales dont certaines sont à demi effacées par le piétinement des visiteurs et des pèlerins. Accolé à l'église, un merveilleux cloître où le vacarme de la vie trépidante de Florence n'a plus cours. C'est ici le monde du silence, de la plénitude, de la contemplation intérieure.

Mais le retour sur terre est brutal. Car ce que veut femme et en l'occurrence, c'est de retrouver la boutique Promod. Nous allons nonchalamment déambuler de boutique en boutique, jusqu'à la place de la République. Puis, en cheminant dans les rues de Florence, nous arrivons à retrouver, après des tours et des détours, le chemin de l'Hôtel.

Vico del Carmina sera notre choix pour savourer une délicieuse pizza.

Malheureusement, la soirée sera gâchée par un fâcheux incident. Devant l'insistance de la serveuse et une carte des vins hallucinante écrite en italien, je me contrains à précipiter mon choix sur une cuvée au verre qui s'avèrera assez onéreuse pour le peu de contenant. Une exaspération non feinte de ma compagne donnera à la pizza un certain goût amer.

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Retour à la gare pour une excursion vers Sienne. Sans stress, sans fatigue, nous allons découvrir la campagne toscane le long des 90 kilomètres de voie ferrée qui séparent Florence de Sienne.

Toutes les heures, un train relie ces deux cités, permettant une certaine latitude quant à la durée de notre visite.

A la sortie de la station ferroviaire, nous nous égarons dans une immense galerie marchande, avant d’arriver à la gare routière pour nous rendre compte d’une queue interminable au distributeur de billets et de l’arrivée hypothétique d’un bus. Nous préférons, à la force de nos mollets, gravir la côte qui mène à la cité fortifiée. Une fois la porte Ovile franchie, nous entrons dans des rues et des ruelles aux façades moyenâgeuses. Nous parcourons une des artères principales qui nous mène vers El Campo, lieu universellement connu pour son palio, courses de chevaux où les contrades ou confréries de paroisses se rencontrent deux fois par an. Les emblèmes de chaque contrade seront notre fil rouge de la journée, en parcourant la cité. En une seule journée, nous ne serons pas en mesure de découvrir les dix sept symboles, seuls ceux du hérisson, de la panthère, du rhinocéros, du dauphin, de la tortue seront aperçus lors de nos tribulations.

Une épicerie fine attire notre attention, d’autant plus que nos estomacs commencent à crier famine. Le gérant nous confectionne des paninis avec moult tranches de jambon sec, couvertes de pecorino et de feuilles de mâches. Munis d’un casse-croûte appétissant, nous abordons la place d’El Campo, sous un soleil rayonnant. Nous nous installons, au milieu de la foule, à même les pavés, pour déguster nos paninis, en admirant la beauté architecturale de cette place en forme d'amphithéâtre, de la Torre del Mangia et du Palazzo pubblico de style gothique siennois.

La ville recèle une multitude de monuments religieux. Nous nous contentons d’admirer les façades du Duomo car la visite complète de l’édifice et de ses appendices nous prendrait le reste de la journée. Nous préférons contempler le frontispice avec ses tympans ornés de mosaïques dorées. La juxtaposition de marbres rosés, verdâtres et blancs accentue le relief de l’exubérance de sa statuaire, de ses gargouilles, de ses colonnades, de ses clochetons et de ses médaillons sculptés.

Autre lieu incontournable, les oratoires dédiés à Saint Catherine de Sienne. Il nous aura manqué un guide pour nous permettre de mieux comprendre la vie religieuse siennoise. Un vallon sépare le Duomo de l’église San Domenico construite en briques au XIIIème siècle. Son intérieur paraît immensément vide, malgré de magnifiques fresques sur les murs. Seules les chapelles latérales donnent une impression de religiosité et de recueillement.

Nous redescendons dans le vallon vers la fontaine qui parle. Cette fontaine alimentait la ville, abreuvait les animaux et permettait la lessive grâce à un cloisonnement gravitaire.

Deux options s’offrent à nous : rester manger sur Sienne ou reprendre le train, s’acheter des antipasti et se régaler sur la terrasse de notre chambre. Nous retenons, à l’unanimité, notre deuxième proposition.

Anchois marinés, poivrons, tomates fourrées, fromage de chèvre, jambon sec accompagné d’une bonne bouteille de chianti feront un excellent repas d’anniversaire. Pour couronner le tout du panforte en guise de dessert. Et le dessert du dessert, mon cadeau sous forme de réduction photographique, un écran 24 pouces sur lequel je vous écris ces quelques lignes. Que du bonheur !

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A la visite de la galerie de l’academia prévue ce matin, nous préférons musarder et voir du côté du Palais Vecchio si l’affluence est modérée. Même pas cinq minutes d’attente. Nous traversons les cours intérieures, puis pénétrons dans la salle des cinq cents aux dimensions gigantesques. Le plafond à caissons est une prouesse picturale et architecturale impressionnante. Les statues alignées de chaque coté de la salle montrent des scènes de lutte ou de combat où les attributs masculins sont mis à rude épreuve ce qui ne semble pas émouvoir la gente féminine admiratrice.
A l’étage supérieur, desservi par un escalier peint de fresques, nous abordons les appartements monumentaux de Léon X. Plafonds, peintures, sols en terre cuite, c’est une avalanche de couleurs, de motifs, de géométrie, de dorures, de magnificence.

De salle en salle, d’étage en étage, nous ne regrettons pas le choix de cette visite qui apparemment semble être boudée par les groupes touristiques. Dans le calme et la sérénité, nous admirons toutes les prouesses artistiques de l’école de la Renaissance Italienne.

Ensuite, nos pas nous entraînent dans le quartier de San Ambrogio, au marché couvert.

Quelques tomates viendront égayer notre pique-nique formaté sur le jambon sec et le pecorino, Mais cette fois-ci nous optons pour un pecorino à l'aspect plus affiné, qui, au dire du crémier, est « forte ». Pour un italien, il peut décoiffer, pour un français, amateur de fromage goûteux, désolé, mais il ressemble fort à un affinage de quelques mois, cependant il faut reconnaître que son goût est fort agréable en bouche.

Nous pénétrons dans le cimetière de San Miniato, où les chapelles mortuaires présentent des styles architecturaux fort dissemblables : gothique, byzantin, art déco; où des tombes soulignent le caractère particulier du décès comme ces statues représentant un couple de jeunes mariés, disparus à quelques jours d'intervalle.

Les allées nous dirigent tout naturellement vers l'église de San Miniato del Monte. Nous attendons la sortie des groupes de jeunes avant de pénétrer sur l'étage intermédiaire , car cette église présente la particularité d'être construite sur trois niveaux.

Pour clôturer ces quatre jours toscans, nous prenons la poudre d'escampette vers les collines toscanes, pour respirer les oliviers et les arbres fruitiers en fleurs. Nous côtoyons les villas résidentielles de Florence. Néanmoins nous sentons une certaine méfiance, car les jardins restent cloitrés derrière de hauts murs surmontés de barbelés,de tessons de verre ou de tout autre système défensif qui font comprendre aux promeneurs : « passe ton chemin ». Mais la douceur des pentes herbeuses où poussent les cyprès droits comme des i et les oliviers aux troncs noueux tempère cet excès de sécurité.

Lorsque nous retrouvons la ville, la foule est compacte, car en ce samedi après-midi, florentins et touristes se sont donnés rendez-vous dans les rues commerçantes.

Et comme nous devons ramener quelques spécialités, nous nous dirigeons vers le quartier de Santa-Croce où une petite boutique, indiquée dans les guides, semble être très appréciée des français puisque nous sommes immédiatement démasqués par un bonjour bien tricolore. Une charmante petite dame de 70 ans, nous accueille et nous conseille, vantant ses années de jeunesse parisienne. Sur les conseils d'un collègue, nous terminons la soirée à Baldo Vino, sur un plat de pâtes, dans une ambiance chaleureuse.


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La nuit est tombée, les lumières des terrasses et du manège illuminent la place de la République. Nous rejoignons la gare pour monter dans le Lunéa. Le compartiment est occupé par deux femmes africaines qui reviennent de Rome avec une cargaison de valises qui envahissent les porte-bagages et leurs sièges. Nous calons nos sacs sous la banquette. Deux autres personnes nous rejoindront, en cours de voyage, et garderont les leurs sur leurs couchettes. Lors de la réservation, nous n'avons pu éviter les couchettes du bas. Jamais plus ! Quelle nuit d'insomnie. Étroite et inclinée, il est difficile d'y trouver une position favorable au sommeil, et cette douleur qui vient vous rappeler à cette erreur de trajectoire.

Enfin Paris !

Gare de Bercy, gare Montparnasse, pour déposer les bagages, puis Le Louvre pour passer le temps.

Premier dimanche du mois, entrée gratuite, alors les files d'attente sont impressionnantes et dissuasives.

Mais une envie pressante nous dirige vers la galerie marchande du Louvre, et là, une entrée plus discrète nous permet, en moins d'un quart d'heure de circuler parmi les peintures flamandes, hollandaises et françaises.

Une boulimie culturelle nous a submergé durant ces six jours d'escapade florentino-parisienne.

Qu'en restera-t-il ?

Le bonheur de partager des sensations, des émotions, des impressions.