Dimanche 28 juin

Sur les routes de traverse qui vont nous mener à Salvinsac, nous flânons du côté de Rocamadour et de Padirac.

Cette cité médiévale renferme des trésors d'architecture religieux, et tout pèlerin s'impose une halte devant sa vierge noire.

Après avoir parcouru les rues adjacentes, dont les similitudes avec le Mont Saint Michel sont pittoresques de ces lieux de pèlerinage, nous poursuivons vers Padirac.

rocamadour

   Rocamadour

Nous sommes accueillis dans l'exploitation agricole de Philippe Lescale, où nous avons réservé chambre et table d'hôte.

La fenaison bat son plein, l'odeur de l'herbe fraîchement coupée embaume, nos pas nous conduisent vers le bourg de Padirac et dans la campagne environnante avant de mettre les pieds sous la table.

Le patron ne manque pas de nous faire découvrir la coutume du chabrot (boire comme une chèvre), qui consiste à ajouter un verre de vin dans le fond de son assiette de soupe et de la porter à la bouche.

 

Lundi 29 juin

Le lendemain matin, avant de reprendre la route, nous sommes les premiers à descendre dans le gouffre de Padirac et à parcourir sa rivière souterraine. Depuis tant de siècles, l'eau a façonné, modelé, décoré cette cavité où chaque goutte d'eau vient nourrir les concrétions calcaires et leur donner des formes stupéfiantes.

Après quelques heures de transport, nous retrouvons les Causses. Les routes serpentent au milieu d'une steppe herbeuse parsemée de petites surfaces agricoles qui lui donnent une impression de mosaîques.

Entre les falaises abruptes et les gorges étroites, la route suit les sinuosités du lit de la Jonte jusqu'à Salvinsac.

Au camping de la cascade, nous retrouvons, pour notre plus grand plaisir, Eric et Marie-Hélène.

Le temps s'est posé. Le montage de la tente attendra.

ruiniformes

            Causse Méjean

Mardi 30 juin

Malgré un matelas qui a tendance à se dégonfler, la nuit a été réparatrice. Pour éviter de reprendre le volant, nous optons pour une rando au départ du camping. Direction Gatuzières, Jontanels, Cabrillac avec un retour par la piste forestière. Jusqu'à Jontanels, il est difficile de quitter la route, même si celle-ci est très peu fréquentée. Après nous empruntons une ancienne départementale abandonnée où la végétation a repris ses droits. Seules subsistent les bornes kilométriques toujours malicieusement bien entretenues. A Cabrillac, après une pause pique-nique bien méritée, nous empruntons une piste forestière tracée sur la ligne de crête jusqu'au Puech Pounchut. Par endroits, la piste a été recalibrée en un véritable boulevard afin de permettre le passage des grumiers. Malgré la difficulté à marcher sur ces chemins fraîchement empierrés, le panorama sur le massif de l'Aigoual est remarquable.

cabrillac

                                            Vue de Cabrillac

Après une boucle de 26 kilomètres, nous arrivons par une descente fortement pentue au camping. Malgré la forte envie de pouvoir me plonger dans la Jonte, l'eau est si fraîche que je ne peux m'y résoudre. Ce qui n'est pas le cas de Martine qui barbote gaillardement dans l'onde glacée.

Mercredi 1er  juillet

Toujours dans cette autocensure du véhicule à moteur, nous envisageons une ballade sur les corniches du Méjean. Auparavant, un petit tour au marché de Meyrueis va nous permettre de faire le plein de provisions et de profiter des produits locaux et de saison. Ainsi les délicieuses cerises du Tarn, le pâté cévenol aux baies de genièvre vont rejoindre les melons, nectarines et tomme de montagne au fond du sac.

Ainsi ravitaillés, nous entamons notre périple par une montée vers le causse.Premières hésitations devant des clôtures que nous n'osons pas franchir, puis nous retrouvons après quelques allers et retours, le sentier qui grimpe jusqu'à la corniche. Nous longeons la crête jusqu'au bourg de Meyrueis, en traversant le hameau de Pauparelle où la totalité des bâtiments caussenards a été restaurée. La vue plongeante sur la cité est spectaculaire avant d'aborder la descente. La chaleur se fait lourde, le temps de poser les sacs à la terrasse du café et de commander deux demis, le tonnerre gronde, la pluie commence à tomber. Des randonneurs à cheval viennent rapidement s'abriter avec leurs montures sous la halle. La rue se désertifie, les commerçants rentrent précipitamment leurs étals et soudain, le ciel se déchire, ouvrant les vannes d'une pluie abondante. Abrités sous notre parasol, nous observons  la rue.

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  Cheveux d'ange

Cet épisode orageux crée une convivialité un peu gouailleuse où chacun s'interpelle d'un bord à l'autre de la rue.

Nous reprenons notre  boucle lorsqu'une deuxième rincée vient nous cueillir à la sortie du bourg. Nous sortons rapidement nos ponchos et continuons vers la pinède, malgré l'offre d'un habitant de s'abriter dans son garage.

A l'arrivée au camping, le soleil brillera et le barbecue ronflera pour savourer de délicieuses saucisses grillées.

Jeudi 2 juillet

Sur les recommandations d'Eric et de Marie-Hélène, nous rejoignons le site de la chapelle ruinée de Saint Jean des Balmes. De ce prieuré isolé sur le causse noir, entouré d'un écrin de verdure, nous devons rejoindre l'ermitage Saint Michel, ruines situées au bord de la corniche de la Jonte. A l'entrée de la réserve naturelle, nous décidons de rejoindre l'ermitage en passant par le cirque de Madasse, tel qu'il est indiqué sur le panneau d'interprétation. Au bout d'une demi-heure sur les pistes forestières, il faut se rendre à l'évidence que le sentier semble assez difficile à trouver. Nous faisons demi-tour en profitant de la beauté de la forêt, de ses champs parsemés de coquelicots où des nuées de papillons s'écartent à notre passage.

De retour, au panneau, nous prenons la sente qui mène directement à l'ermitage. Le ciel s'assombrit, les premiers coups de tonnerre annoncent un changement brutal de météo,  je sens Martine hésitante, d'autant plus tracassée qu'un embout de son bâton de rando ne tient plus. Puis les premières grosses gouttes commencent à s'écraser au sol. Les ponchos sont dégainés à une vitesse surprenante tandis que l'orage s'abat sur le causse et nos pauvres carcasses. La grêle ne tarde pas à faire son apparition. Le chemin devient rapidement un cloaque et nous avançons, tête courbée, en accélérant le pas. Tellement le nez dans les chaussures que nous ne voyons pas l'embranchement qui doit nous ramener au prieuré. A la Bartasserie, nous découvrons notre erreur et un nouveau demi-tour s'impose. Sitôt arrivés en vue du clocher,  l'épisode pluvieux s'arrête, mais le poncho de Martine n'a pas tenu toutes ses promesses. Nous rentrons à la voiture nous changer et sous un ciel gris, nous rentrons à la Cascade, un peu dépités.

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                                           Prieuré de Saint Jean des Balmes

Vendredi 3 juillet

Pour cette dernière journée à Meyrueis, nous espérons la clémence du ciel afin de pouvoir marcher sur le causse Méjean. Toujours sur les conseils avisés de nos amis lozériens, nous nous rendons au hameau de Villeneuve, près du chaos de Nîmes le Vieux, afin d'aller gravir le mont Garbo, point culminant du Causse Méjean.

Les prairies sont couvertes de cheveux d'ange, graminées (Stypa pennata) qui transforment le causse, au printemps, en une couverture moirée ondulante. Le chemin longe quelques parcelles de terres labourables, clairsemées, entre les chaos ruiniformes et les vastes étendues herbeuses. Pour arriver au sommet du Garbo, il nous faut franchir quelques clôtures, contourner les troupeaux de brebis lacaune qui regroupés autour des rares buissons de genévrier se protègent de l'ardeur du soleil. Le sommet, entièrement pierreux, est atteint. Le panorama s'étend du massif de l'Aigoual, aux confins de la Lozère et au massif des Cévennes. Une pause contemplative s'impose. Puis, à la boussole, nous redescendons plein sud pour rejoindre la corniche, la longer et rejoindre le hameau. Nous traversons une sorte de lande pierreuse, où poussent le chardon bleu (Echinops ritro), la cardabelle (carline à feuilles d'acanthe), l'orchis de mai, le cheveu d'ange et d'autres qu'un botaniste féru aurait soin d'inventorier. De nombreux chemins indiqués sur la carte ont disparu, nous devons, à l'estime, retrouver notre position par rapport aux ruines d'anciennes bergeries encore visibles. Puis nous arrivons, à l'heure du pique-nique, aux vertigineuses falaises rocheuses. Dans une infractuosité de la corniche, malgré les réticences de ma compagne, nous savourons un délicieux pâté en profitant d'un balcon à ciel ouvert sur les massifs environnants. Le retour s'effectue en longeant le bord du causse.

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           Corniche du Causse Méjean

La station météorologique du Mont Aigoual devrait nous fournir les prévisions en vue de notre séjour dans les Hautes Pyrénées. Jour de grève national chez Météo-France, nous signons la pétition pour qu'un site aussi exceptionnel que celui-ci demeure une station opérationnelle. Il ne nous reste plus que notre bonne étoile pour espérer une bulle anticyclonique au dessus des Hautes Pyrénées.

Avant de partir pour Barèges où d'autres aventures nous attendent, nous invitons Eric et Marie-Hélène autour d'un apéro pour un moment de convivialité avant de pouvoir se retrouver dans un an ou deux.

Puis, nous rejoignons notre campement enfiler notre tenue de soirée (bermuda et chemisette, jupe et débardeur) car ce soir, nous nous offrons une dégustation d'aligot et de coupe glacée dans le patio du Jardin des Glaces.