Au cours de notre tour du Queyras, nous avions eu vent du Tour de l'Oisans par les randonneurs que nous avions côtoyés dans les différents hébergements. Il fallait donc envisager ce périple physique, sportif à la dimension montagnarde indéniable.
Nous avons découpé, en douze tronçons, cette boucle mythique afin de prendre le temps de flâner, de photographier, de découvrir et de profiter d'un espace naturel et sauvage.

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Jeudi 5 juillet 2012

Nous délaissons notre véhicule à quatre roues et à moteur à explosion, pour nous  transporter par le TGV jusqu’à Lyon. Les vacances sont une occasion de découvrir de nouvelles contrées, qu’elles soient urbaines, rurales ou montagnardes. L’hôtel de Bretagne, on ne se refait pas, nous accueille pour une nuit dans la cité des Bouchons.

Tout le vieux centre lyonnais est passé au peigne fin :la cathédrale Saint Jean, les traboules dont l’accès reste libre, la basilique de Fourvière, le jardin du Rosaire et les rues commerçantes des 1er, 2éme et 5éme arrondissements.
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Cathédrale Saint Jean                                                                    Vue de la Cathédrale et de la basilique

L’heure de dîner a sonné, sur les conseils du veilleur de l’hôtel, nous grimpons en direction du quartier de la Croix-Rousse pour trouver un bouchon authentique ; chou blanc, nous redescendons sur Mézière où la multitude de restaurants accolés les uns aux autres nous fait fuir vers la place Bellecour; sans succès. Avant de nous engager dans le vieux Saint Jean, un coup de fil au frangin, qui nous indique une adresse derrière l’hôtel de ville à l’opposé de notre position. Prenant courage, nous nous retrouvons désabusés devant la devanture fermée. Nous finissons finalement dans le quartier Saint Jean, dans un resto sans doute pas traditionnel mais au rapport qualité prix raisonnable.

Nous rentrons sous une pluie battante et les jambes bien échauffées à l’hôtel.

Vendredi 6 juillet 2012

Nous quittons momentanément l’hôtel pour faire quelques emplettes sur le marché Saint Nicolas, situé 50 mètres plus bas. Puis nous rejoignons la gare Lyon Part Dieu pour monter dans le TER jusqu’à Grenoble. La correspondance en bus pour La Grave nous permet d’arriver en début d’après midi au pied de la Meije.
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         Cimetière de La Grave

Nous découvrons avec bonheur notre point d’entrée dans le parc national des Ecrins, un village montagnard avec une église du XVème siècle et son cimetière pittoresque.

Nous logeons au gîte « au vieux guide ». La saison touristique en est à ses balbutiements comme la météo, qui semble être très favorable pour les jours à venir.

Samedi 7 juillet

Etape La Grave-Refuge de l’Alpe de Villard d’Arène
Durée : 4h30
Kilomètres : 11,5km
Dénivelé : +923 ; -363m

Un certain rituel s’instaure avant tout départ d’une étape. Boucherie, boulangerie et alimentation générale fournissent l’approvisionnement pour quelques pique-niques.

Nous descendons vers le lit de la Romanche. Nous suivons son cours jusqu’au village de Villard d’Arène. Sur la place, l’imposante église présente des fissurations importantes qui la condamnent au public. Dans le chœur, les vitraux s’effondrent par lambeaux. Le sentier longe le torrent puis s’élève régulièrement pour atteindre le refuge de l’Alpe de Villard d’Arène. Ce refuge est facilement accessible, et le week-end, les familles en profitent pour venir y passer la nuit C’est l’enfer ! Italiens, enfants en bas âge, parents impatients forment un cocktail détonant. Nous ne pensons qu’à retrouver le silence de la montagne.
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Vers le refuge de Vilard d'Arène                                                              Refuge de Vilard d'Arène

Dimanche 8 juillet

Etape Refuge de l’Alpe de Villar d’Arène-Monestier les Bains
Durée 5h30
Kilomètres : 15km
Dénivelé : + 441 ; -1027m

Après un copieux petit déjeuner, nous quittons le refuge en direction du col d’Arsine. Nous bifurquons vers le lac glaciaire d’Arsine. Il présente un intérêt géologique indéniable, de part la formation de moraines gigantesques. Mais certains ne respectent pas la grandeur et la sérénité du lieu. Exclamations, chants, interpellations rompent la solitude du lieu. Demi tour pour retrouver le GR54 qui descend le long du torrent du Petit Tabuc jusqu’au Casset, en s’épanchant dans des vasques d’eau bleu turquoise, en bondissant sur les pierriers.
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 Vue générale du col d'Arsine                                                            Torrent du Petit Tabuc

Nous passons devant la cabane du berger, puis nous croisons de plus en plus de promeneurs, ballade du dimanche oblige, qui viennent se confronter à la dureté de la montagne.Au Casset
, le bureau d’information du parc présente une intéressante exposition sur les glaciers.

A Monestier les Bains, faute d’avoir pu réserver au gîte Le Flourou, nous sommes hébergés dans la résidence hôtel des Colchiques. Un peu de confort ne nuit pas. Par contre la station thermale ne fait pas dans le tourisme bas de gamme. Les prix sont prohibitifs.

Lundi 9 juillet

Etape Monestier les Bains-Vallouisse
Durée 6h40
Kilomètres : 19,5km
Dénivelé : +1043 : -1369m

Après deux jours de mise en jambes sur des parcours relativement courts, cette étape nous propulse dans le grand bain. Nous grimpons dans la forêt de mélèzes où les fleurs sont exubérantes. De petits raidillons bien pentus nous rappellent que nos muscles sont encore en période de rodage. Avec étonnement, nous voyons des gens descendre vers Monestier. En fait, ils ont profité du téléphérique pour accéder au restaurant panoramique et pour effectuer une petite marche matinale. Nous entrons dans le domaine skiable. L’absence de neige montre l’emprise des installations sur la nature, pylônes, retenue d’eau, pistes dénudées. Au col d’Eychauda, nous quittons cet univers artificiel pour retrouver, lors d’une longue descente, une végétation intacte, de vastes prairies qui descendent en pentes raides vers les chalets de Chambran. Le vent assez fort nous oblige à pique-niquer derrière un rocher. Le soleil généreux nous offre l’occasion d’une sieste récupératrice.
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 Montée dans la forêt de Monestier les Bains                                         Chèvre de bande

Après Chambran, le GR54  quitte rarement les petites routes goudronnées. Nous croisons le père et le fils de nationalité belge qui terminent leur tour des Ecrins. Ils nous font part de la difficulté qu’ils ont eu à passer L’Aup Martin, encordés à cause dela neige. Nous prenons un coup au moral car nous ne sommes pas équipés pour ce genre de situation.

Mais une fois arrivés au gîte du Baouti, la patronne nous apprend qu’en l’espace d’une dizaine de jours, la neige a fondu et que le col est accessible sans matériel. Nous réservons la navette pour Entre les Aigues qui nous évite une étape trop longue et deux heures de bitume. Nous dînons en présence d’un groupe de trailers qui se rendent au Pré dela Chaumette. Nous les laisserons passer devant afin qu’ils ouvrent la voie.

Mardi 10 juillet

Etape Entre les Aigues-Refuge du pré de la chaumette
Durée : 6h45
Kilomètres : 15,2km
Dénivelé : +1198 ; -1004m

L’étape dela peur. Toutes les angoisses ne sont pas évacuées et pourtant, nous avons hâte d’être confrontés à cet obstacle. Le minibus nous dépose au parking d’Entre les Aigues. La vallée est encaissée. Le soleil, encore bas, ne parvient pas à illuminer le sentier qui serpente le long du torrent. La mise en jambes est progressive. Quelques névés résistent sur les versants non exposés aux rayons solaires. Deux magnifiques chevaux paissent en toute liberté à l’approche de la cabane et du refuge de Jas Lacroix. Au loin, on devine le col de L’Aup Martin. La pente devient plus raide, le végétal se raréfie au profit du minéral. De petits névés entrecoupent la trace du GR. Notre attention est soutenue lors de la traversée de la première pente schisteuse. Ma compagne n’est pas rassurée et j’angoisse pour elle. Le plus dur est devant nous. Pas à pas, nous progressons sur un devers de paillettes d’ardoises avant d’aborder la dernière pente très raide pour atteindre le col. Les brusques frasques du vent accentuent notre vigilance à l’approche du col. Les rafales font voler les particules noirâtres. Nous sommes encouragés par les trailers arrivés avant nous. Sous les rafales qui balaient la crête, nous déguerpissons rapidement.
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Mais le passage entre l’Aup Martin et le Pas de la Cavale s’avère aussi délicat, ce que nous confirmera le gardien du refuge. Fou furieux, le vent ne nous laisse aucun répit au Pas de la Cavale et j’insiste pour descendre rapidement les quelques mètres qui vont nous permettre de souffler un peu. Dans la descente, nous nous remettons de nos frayeurs et nous sommes contents d’avoir atteint un de nos objectifs. Le refuge est superbe, le gardien fort sympathique. Nous goûtons avec gourmandisela tarte Chaumette

Mercredi 11 juillet

Etape Refuge du Pré de la Chaumette-Refuge de Vallonpierre
Durée : 5h30
Kilomètres : 10km
Dénivelé : +1155 ; -686

Nous quittons, en bon dernier, le refuge pour franchir consécutivement trois cols. La montée vers le col dela Valette, dans une verdure buissonnante de genévriers, de myrtilliers et de rhododendrons, est graduelle. Arrivés au sommet, le vent souffle à décorner les bœufs. Martine panique et veut se raccrocher au panneau signalétique. Je lui demande d’entamer rapidement la descente pour échapper à ce zéphyr furibond. Mais la forte déclinivité en lacets dans le schiste rend la progression problématique pour celle qui m’accompagne. A force de persuasion, nous parvenons dans la partie herbeuse. Nous attaquons dans la foulée le col de Guisan, qui ne présente pas de difficulté particulière dans la montée, ni dansla descente. Une belle vallée verdoyante où paît, en toute quiétude un troupeau de moutons, nous offre l’opportunité de poser les sacs.

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La montée vers le col de Valllonpierre s’effectue également dans les schistes, et la progression n’est pas ralentie par les quelques ravines qui entrecoupent le sentier.
Le refuge est blotti, au pied d’un petit lac glaciaire, entouré de gros blocs de pierre.
Malgré le confort des dortoirs,  je n’ai pas ressenti une ambiance et un accueil des plus chaleureux.

Jeudi 12 juillet

Etape Refuge de Vallonpierre-Vilard Loubière
Durée : 4h50
Kilomètres : 18,5km
Dénivelé : +245 ; -1450m

Après maintes hésitations sur le chemin à prendre pour descendre vers La Chapelle en Valgaudemar, nous maintenons notre itinéraire initial par le GR 54, malgré les recommandations des uns et des autres de privilégier la variante par Chabournéou. Nous sommes au dessus d’une mer de nuages, le paysage est féérique.

La pente est couverte de rhododendrons, de fleurs multiples et variées. Les torrents coulent de part et d’autre du chemin. Dans la vallée, nous attendons qu’un troupeau de moutons regagne sa pâture pour continuer notre chemin.  Nous passons devant le refuge de Xavier Blanc, très calme à cette heure dela matinée. Le sentier suit, en balcon, le torrent qui  coule au fond de la vallée encaissée du Valgaudemar. A l’arrivée au village de La Chapelle, tous les commerces de bouche ont baissé leurs rideaux. Nous ne pouvons pas ravitailler avant 15h30. Pourquoi ne pas en profiter pour goûter les spécialités locales ? Nous nous installons sur la terrasse de l’hôtel du Mont Olan. Il fait bon se poser, de profiter du calme de cette petite bourgade et de savourer des ravioles et des oreilles d’âne. Après le  corps, nous régalons l’esprit d’une exposition sur l’évolution des paysages du Champsaur et du Valgaudemar à la maison du parc. Les grilles de l’alimentation ouvrent sur une profusion de victuailles propres à satisfaire nos désirs pour les pique-niques à venir.
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La fin du parcours vers Vilard Loubière est reposante. Au relais de la Vaurze
 nous sommes accueillis avec les plus délicates attentions. On nous invite à utiliser les sabots d’intérieur. La chambre est spacieuse et nous profitons de tout l’étage mansardé. Le dîner sera presque parfait et le petit déjeuner du même niveau, avec des confitures maison.

Vendredi 13 juillet

Etape Vilard Loubière-Le Désert en Valjouffrey
Durée : 8h00
Kilomètres : 14,5km
Dénivelé : +1653 ; -1442m

Au lever, la pluie frappe le velux de notre chambre. Le moral est dans les chaussettes. L’étape d’aujourd’hui est longue et physique. Martine envisage de trouver un moyen de locomotion pour rejoindre le point d’arrivée. Mais les gouttes  se raréfient. Des lambeaux de ciel bleu tentent de résister à la grisaille.

Nous quittons le gîte sous un temps sec, mais les ponchos font rapidement leur apparition sous une bruine persistante. Durant une heure et demie, nous gravissons une pente bien raide vers le refuge des Souffles. Puis peu à peu, nous quittons la morosité ambiante pour une atmosphère nébuleuse. Martine en profite pour un arrêt technique afin de changer ses chaussettes trempées pour des sèches.  De ce côté des Ecrins, nous sommes, dans une nature moins hostile. La végétation, à plus de 2000 mètres, est omniprésente. Un bruit me fait réagir. Je lève la tête et je distingue un chamois à une vingtaine de mètres au dessus de nous. Trois regards, trois bonds et il a disparu.
Vision éphémère, mais ô combien magique.
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Le refuge des Souffles au dessus de Vilard Loubière                               Village du Désert en Valjouffrey

Le sentier grimpe en lacets dans les éboulis, rendant l’ascension vers le col moins pénible. Sur une large pierre plate, face au refuge des souffles et aux montagnes environnantes, nous étalons notre déjeuner, en profitant d’un panorama grandiose où les cimes acérées retiennent les filets cotonneux des nuages. L’arête étroite du col sépare la vallée du Valgaudemar de celle du Valjouffrey. Les troupeaux de moutons s’affranchissent de ces notions de géographie pour profiter des pentes herbeuses des deux côtés du col.  Première partie de la descente dans le schiste, puis la progression dans les pierriers fatiguent énormément. A partir de la cabane de la bergère, le chemin s’améliore. Mais nous arrivons exténués dans le village. Lorsque nous nous présentons au gîte, un imbroglio de dates, entre le courrier et les mails, fait que nous n’étions attendus que le lendemain. Heureusement, la chambre est libre, et cette situation ne semble pas poser problème à nos hôteliers qui nous offre chaleureusement un sirop de roses, fabrication maison. Martine et Gérard nous installent dans une immense pièce sous les toits, au milieu des pétales de fleurs à sécher. Martine est spécialisée dans les préparations à base de plantes médicinales. De leur terrasse, la vue est unique sur le col de la Vaurze et le pic de l’Olan. Gérard nous apprend que ce matin, un accident a eu lieu dans la descente de la Vaurze. Un de nos trailers a fait une chute de 100 mètres et s’est fait hélitreuiller vers le CHU de Grenoble.

Cela nous conforte dans l’attention que l’on doit apporter dans les endroits délicats et le fait de ne pas couper les sentiers aménagés.

Samedi 14 juillet

Jour de repos au Désert en Valjouffrey
Durée : 2 h 30
Kilomètres : 9,5km
Dénivelé : +449 ; -224m

Nous avons opté pour une journée de récupération  Sur les conseils de Gérard, en autostop, nous débarquons à Entraigues pour une exposition à la maison du Parc sur la toponymie des noms de lieu du Désert en Valjouffrey. Sur des dessins aquarellés des différents versants qui entourent le fond de la vallée, chaque sente, chaque ravine, chaque cascade portent un nom original.

D’Entraigues à La Chalp, nous revenons à pied, pour ne pas perdre le rythme et le tonus musculaire, en longeant le canal d’irrigation de Beaumont.
Ce canal, ouvrage spectaculaire, présente une pente de 1,2cm par mètre sur une longueur de 39 km à flanc de montagne afin d’amener l’eau de la Bonne vers les 490 hectares de la plaine du Beaumont. C’est une ballade reposante et bucolique d’une dizaine de kilomètres.
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Le canal de Beaumont                                                                               Sculpture forestière

Nous rejoignons le Désert en stop et nous profitons de la terrasse pour nous la couler douce en attendant le repas du soir en compagnie d’un couple belge.
Nous sommes étonnés par la grande gentillesse des randonneurs wallons.
Après un excellent repas, Gérard nous invite à visionner quelques vidéos de son cru sur la rhéabilitation de la scierie des Séguins et sur le circaète en chasse aux serpents.

Dimanche 15 juillet

Etape Désert en Valjouffrey-Valsenestre
Durée : 5h45
Kilomètres : 9,5km
Dénivelé : +1054 ; -1015m

Nous quittons les Epilobes auquel nous donnons un grand coup de chapeau, de casquette, de bandana pour leur accueil. Nous attaquons de front Côte belle, laquelle porte bien son nom. Pentue, la sente chemine en droite ligne, au milieu des fleurs multicolores et variées, jusqu’à l’approche du col qui se termine en lacets. La roche, sur la droite, se présente sous forme de plaques schisteuses accolées les unes aux autres. Certains lui confèrent le qualificatif d’orgues, d’autres de bibliothèque. La descente est interminable. Les lacets s’enchaînent les uns après les autres, envahis par les herbes folles et la ramure des petits mélèzes. Au détour d’une boucle, des ancolies se dressent sur leurs longues tiges de part et d’autre de la pente. Une fleur d’un bleu soutenu, aux gros éperons qui lui donnent une double face.

Durant la descente, aucune issue, aucune esplanade pour pouvoir se poser. Nous devons attendre le chemin forestier avant de pouvoir s’étendre sur un lit d’herbes moelleuses.
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                                Côte Belle 

Le village de Valsenestre est composé uniquement de résidences secondaires. Il présente un contraste énorme avec celui du Désert en Valjouffrey où la vie rurale et agricole côtoie en toute intelligence la présence touristique.
La réputation du gîte d’étape nous avait précédés et, c’est en toute logique que nous avions programmé une nuit au Béranger.
C’est dans l’ancienne école du village que nous passons un bon moment de convivialité.

Lundi 16 juillet

Etape Valsenestre-La Muzelle
Durée : 6h10
Kilomètres : 9km
Dénivellé : +1322 ; -508m

Un gros morceau à se mettre sous les semelles, je veux parler du col de la Muzelle. Depuis quelques jours, nous avons appris que le sentier a entièrement été recalibré par une pelle araignée et que la montée vers le col est devenue d’une facilité déconcertante. Nous débutons par une longue mise en jambes jusqu’à la cabane de la Cantine des Carrières. Puis la montée est progressive jusqu’à la cabane du Ramu en cours de reconstruction. Nous entendons le groupe électrogène et la bétonnière qui ronronnent au dessus de nos têtes. Puis le vrombissement d’un hélicoptère qui amène des matériaux pour solidifier le tronçon d’un chemin, emprunté hier, qui s’était effondré. De grands moyens pour de petits travaux. Mais la sécurité des randonneurs n’a pas de prix.
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Montée vers le col de la Muzelle                                                              Du col, vue vers le lac et le refuge de la Muzelle

Nous attaquons une première partie de lacets dans les éboulis, et nous arrivons dans la partie schisteuse recreusée. Néanmoins la pente reste coriace. En haut du col, le vent est sensible. L’appréhension pour la descente revient dans la tête et les jambes de ma compagne. Puis la situation se relâche à mesure que nous progressons vers la zone végétalisée. Le lac de la Muzelle est en ligne de mire, sur notre droite, le glacier de la Muzelle étend sa longue langue de glace aux reflets bleutés. L’eau du lac, ses vibrations, sa transparence, ses reflets apaisent les tensions stressantes de cette étape.

Nous avons une couchette double dans un dortoir de 27 places réparties sur trois étages. Dans cette promiscuité, je suis étonné d’avoir aussi bien dormi. La zone de bivouac est utilisée par des groupes d’enfants en itinérance avec des ânes et des alpinistes qui se lèvent à des heures très matinales pour profiter de conditions optimales sur les glaciers.

Mardi 17 juillet

Etape La Muzelle-La Danchère
Durée : 5h00
Kilomètres : 8,9km
Dénivellé : +187 ; -1323m

Deux options sont possibles pour rejoindrela Danchère. La plus physique en passant par le col du Vallon et le lac du Lauvitel, l’autre en descendant vers le bourg d’Arud en suivant le ruisseau de la Pisse, puis en longeant le torrent Vénéon. En raison d’une fatigue physique et nerveuse accumulée, par prudence, nous choisissons la deuxième possibilité. La descente est aménagée, des marches en bois évitent la dégradation trop rapide du chemin par les ruissellements d’eau de pluie. Le hameau en ruines du cerisier nous offre l’occasion d’une pause café. Ce village, envahi par la forêt, était habité par une dizaine de familles qui exploitaient les terres alentour en céréales et pommes de terre, puis la désertification a permis à la végétation arboricole d’effacer les traces d’occupation agricole. A partir de Bourg d’Arud, le sentier, en lisière de forêt, longe une eau bondissante et turquoise. Une petite plage de sable fin, dissimulée derrière un rideau d’arbres, nous accueille pour un farniente prolongé.
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            Papillons tabac d'Espagne en pleine collation

A la Danchère, le gîte d’étape est installé dans une bâtisse imposante style hôtel de sport d’hiver des années 50 tenu par deux Ingliches fort sympathiques. Avant le repas, nous profitons de notre temps libre pour remonter, sans sac, en direction du lac de Lauvitel. Nous croisons un couple de belges, avec lesquels nous avions partagé notre repas à la Muzelle, qui avait choisi la première option. Au premier pont, nous revenons vers le hameau, après avoir observé multitudes de papillons et de fleurs de sous-bois.

Le repas est digne d’un trois étoiles. Tandis que Caroline présente la composition des plats, Suzanne œuvre en cuisine. Une étape incontournable pour ceux qui veulent rompre avec la promiscuité des refuges.

Mercredi 18 juillet

Etape La Danchère-Bourg d’Oisans puis transfert en bus au Lac du Chambon-Refuge des Clots
Durée : 3h + 2h
Kilomètres : 10,5km + 5,6km
Dénivellé : + 894 ; -730m

L’étape directe vers le refuge des Clots semblait trop longue et peu intéressante aux dires de ma randonneuse préférée. Nous avons donc opté pour une demi-étape jusqu’à Bourg d’Oisans, puis un transfert en bus jusqu’au Lac de Chambon et tenter un aller-retour en stop à Besse en Oisans, afin de visiter le petit village montagnard typique. Puis pour finir, une autre demi-étape de Mizoen au refuge.

Le chemin qui rejoint Bourg d’Oisans est vraiment peu intéressant, pas de visibilité, bruit de circulation et d’engins de chantier. Nous profitons du passage à Bourg d’Oisans pour refaire nos provisions et écrire nos dernières cartes postales. Le bus nous dépose au barrage. Nous le traversons et nous constatons la faible quantité d’eau qu’il retient. Les activités nautiques sont réduites à néant. Les pontons sont échoués sur des berges à sec.
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                   Cascade de la Pisse

Nous grimpons vers Mizoen afin de rejoindre la route de Besse. Nous tentons notre chance à proximité des ateliers techniques. Malheureusement, nous constatons, au bout d’un certain temps, que la fréquence des véhicules à circuler sur cette départementale nous laisse peu de chance d’arriver à Besse. Nous n’insistons pas et nous reprenons en direction du refuge des Clots. Le sentier, en balcon, au dessus du lac, offre des points de vue magnifiques.  Le petit refuge de 20 places est blotti sur un replat, à mi hauteur entre le plateau d’Emparis et le lac. Nous logeons avec un groupe d’une quinzaine de randonneurs. A une centaine de mètres, nous goûtons l’eau glacée de la cascade de la Pisse.

Jeudi 19 juillet

Dernière étape refuge des Clots-La Grave
Durée : 7h
Kilomètres : 17km
Dénivellé : +2702 ;  -1191m

Pour cette dernière étape du tour de l’Oisans, nous allons parcourir le plateau d’Emparis qui semble, d’après les guides et les échos des montagnes, la cerise sur le gâteau. Pour commencer et rejoindre le plateau, une bonne grimpette s’avère inévitable. Nous rejoignons le sommet de la cascade pétrifiante. La vue, en arrivant sur le plateau est saisissante de contraste car, d’un côté les courbes sont douces, les couleurs chaudes et apaisantes et de l’autre, les reliefs sont tourmentés, aux couleurs froides et agressives.
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Toute la beauté du site réside dans cette dualité de la roche et de la lande,  de l’eau et de la glace, de l’accessible et de l’inaccessible. Nous quittons le GR pour faire une boucle autour des Lacs Cristallin, Noir et Erié.
Magique ! Ces quelques kilomètres supplémentaires n’ont pas existé tant l’esprit est saturé de sensations visuelles et spirituelles. Au grand dam de Martine, nous côtoyons de très près les troupeaux de vaches et de génisses qui de leurs grands yeux  placides nous regardent passer.

La descente vers le Chazelet rompt la féérie du lieu. Nous retrouvons les remontées mécaniques, les pylônes rouillés et les sentiers ravinés. Mais l’arrivée à La Grave marque douze jours de marche sur un parcours exigeant. Pour fêter notre Everest, nous goûtons, en terrasse, au plaisir d’un bon repas savoyard.

Compléments photos : Galerie photos/France/Les Ecrins 2012