Dimanche 25 août 2013

En cette fin d’été, à l’approche de la rentrée scolaire, nous profitons de l’accalmie touristique pour parcourir les GR. Après quelques hésitations, et notamment sur la partie sud du chemin de Stevenson, nous optons pour un circuit en boucle : le tour du pays cévenol ou GR67.

Lors de nos réservations tardives, le gîte des Aigladines affichant complet, nous avons dû élaborer un parcours qui emprunte à la fois le chemin de Stevenson et le GR 67.

Venant de Bretagne, il était plus facile de commencer notre périple à Barre des Cévennes, situé au nord de l’itinéraire. Arrivés au gîte-camping de Jean Claude Combes, nous nous installons dans une des chambres de la bâtisse. Nous côtoyons une dizaine de cavaliers qui font étape dans cette commune réputée pour ses courses d’endurance. En effet, les chemins et les pistes cavalières ne manquent pas pour savourer de longues ballades équines.

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Village de Barre des Cévennes (rue principale).

A table, nous dînons parmi des campeurs qui viennent, pour leur dernière nuit, goûter la cuisine cévenole. Les plats s’enchaînent : soupe, charcuterie maison, omelette aux cèpes, ragoût de sangliers, plateau de fromages et île flottante. Un plein d’énergie pour notre étape de demain

A nos côtés, un couple de parisiens, proche de la retraite, sont à la recherche d’une nouvelle vie dans les Cévennes profondes. Après la vague de 68, une nouvelle population, retraitée et argentée, vient repeupler les villages du sud de la France.

Lundi 26 août 2013

Barre des Cévennes-Pont de Burgen : 6 heures
Distance : 23km
Dénivelé : + 321m, -973m

Nous laissons notre véhicule au camping et quittons l’austère village de Barre des Cévennes, sac au dos. Au bout d’un kilomètre, nos pas quittent la route goudronnée pour arpenter un petit sentier en bordure de la départementale jusqu’au plan de Fontmort. A ce carrefour routier et piétonnier s’érige une pyramide à la mémoire des combats des camisards contre les armées royales.

Deux kilomètres plus loin, nous abandonnons le GR principal pour bifurquer sur le chemin de Stevenson en direction de Saint-Germain-de-Calberte. Dans le village, nous posons nos sacs dans le jardin public, situé derrière l’église, endroit calme et idéal pour pique-niquer. Comme prévu, les chemins sont peu fréquentés, il nous faudra attendre l’arrivée dans les gîtes pour partager quelques impressions de voyage.

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Carrefour du plan de Fontmort

A l’approche du pont de Burgen, ma compagne se remémore une épopée familiale avec des ânes dans ce même endroit. Le site n’a apparemment pas beaucoup changé, hormis quelques aménagements dont une terrasse extérieure où nous aurons l’aubaine de prendre le dîner et le petit déjeuner.

C’est une ancienne ferme en pierres, avec son four à pain, son escalier creusé dans la roche. L’immense cheminée domine la salle commune.

Le gîte est occupé par une famille et un jeune couple d’allemands, tous en ballade avec un âne. Pendant le repas, le gestionnaire du lieu d’accueil nous surprend par son discours assez extrémiste vis-à-vis des nouveaux randonneurs, dont l’adaptation passagère à un mode de vie nomade ne semble pas instinctive. Ainsi nos jeunes germaniques, avec leur excessif poids de bagages, ont été largement tournés en dérision, à notre grand déplaisir. Malgré tout, cette étape offre un confort d’hébergement et de restauration très appréciable.

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Extrait carte IGN 1/25000ème tracé Open runner

Mardi 27 août 2013

Pont de Burgen- Saint jean du Gard : 5 heures puis train à vapeur pour Anduze
Distance : 18 km
Dénivelé : +548m, -635m

Après un dernier regard sur les ânes bâtés qui vont emmener leurs nouveaux maîtres éphémères à travers les vallées cévenoles, nous quittons le pont de Burgen en direction de Saint-Jean–du-Gard. Jusqu’au Village de Saint-Etienne-Vallée-Française, nous évoluons sur l’asphalte. Au village, trois supérettes se succèdent pour permettre aux randonneurs de remplir leur sac à dos de victuailles.

Ensuite le sentier grimpe vers le col Saint Pierre. Selon les indications du gestionnaire de Pont de Burgen, nous nous dirigeons, côté rive droite de la route, vers la table d’orientation afin d’y trouver un banc pour profiter d’un panorama sublime, le temps de la pause déjeuner. En effet, les vallées cévenoles se succèdent comme la houle de l’océan.

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Panorama du col de Saint Pierre                                                            Architecture cévenole

La descente s’effectue dans un éboulis, avant d’aborder, à nouveau, la route nationale. Le pont du Gard est en vue, et nous nous mettons à la recherche de la gare afin de prendre nos tickets pour le trajet en train à vapeur jusqu’à Anduze. Cette option nous évite encore une longue marche sur le ruban noir.

En catastrophe, ma compagne doit consulter un médecin. Tandis que j’attends patiemment à la terrasse du café devant une bière bien fraîche, elle fait le forcing auprès de la secrétaire pour obtenir une visite impromptue. Lorsqu’elle me fait signe de la rejoindre, je quitte précipitamment ma table et au pas de course, nous nous dirigeons vers le quai de la gare afin de pouvoir profiter de la dernière liaison vers Anduze, avec panache de fumée et envol de scories.

Cette locomotive, par sa vitesse, son bruit et ses odeurs de fumées, nous ramène à notre itinérance pédestre du temps où les voyages s’effectuaient sur de longues périodes.

Le gîte d’étape, situé derrière la mairie, est au cœur du centre ville. Les mardis soirs, en période estivale, sont jour de marché nocturne. Afin d’éviter le bruit de la rue, nous nous installons, seuls, dans un dortoir, coté cour. Le gestionnaire est aussi cuistot de métier et un des initiateurs du GR67. Le repas est copieux et délicieux. La table est composée de marcheurs, de randonneurs, d’un cyclotouriste et d’automobilistes. Les conversations permettent d’échanger sur les activités des uns et des autres.

Quant au marché nocturne, le « made in France » n’est pas la spécialité de ce type de manifestation qui, au fil du temps, a vite dérivé vers les produits « made in asia ».

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Extrait carte IGN 1/25000ème Tracé Openrunner

Mercredi 28 août 2013

Anduze-Colognac
Distance : 21km
Dénivelé : +698m, -244m

En quittant le gîte, Sébastien et sa compagne nous accompagnent jusqu’au pas de la porte, en nous donnant quelques conseils pour les étapes à venir. Nous traversons le jardin public, puis le GR grimpe à travers le quartier résidentiel où de somptueuses villas méditerranéennes s’étagent sur les collines environnantes. Mais trop de bitume nous martyrise les jambes. Nous avons hâte de retrouver de vrais sentiers. Il faut atteindre le pont de Ribou pour quitter la route.

De là, nous progressons sur des chemins d’exploitation au milieu des oliviers. Le sentier monte jusqu’au col du Rédarès puis emprunte la vieille route de Colognac. En fait de vieille route, la partie goudronnée s’arrête subitement pour laisser place à un chemin de terre fortement dégradé par endroits, où seuls des chars à bancs auraient pu circuler. Puis aux abords de Colognac, dès les premières habitations, la chaussée a retrouvé une apparence routière. Le village de Colognac est blotti au milieu de châtaigneraies.

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Le gîte d’étape est le point névralgique de ce village cévenol. A la fois bar, épicerie, restaurant, il est le point de regroupement des touristes et des autochtones. L’accueil est à la hauteur de la bâtisse familiale. Un repas fort gourmand nous est servi : pâté au thon, ragoût d’agneau aux morilles, haricots verts du jardin et concombre confit, pélardon suivi d’une glace au coulis de groseilles.

Nous passons un excellent moment à profiter de la tranquilité de ce petit village cévenol, où le bruit des boules de pétanque vient ponctuer nos parties de carte sur la terrasse du café.

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Extrait carte IGN 1/25000ème Tracé Openrunner

Jeudi 29 août 2013

Colognac- Aire de côte
Distance : 24km
Dénivelé : + 1128m, -652m

Nous voulions couper cette étape à Notre dame de Rouvière, au gîte de la Mona, ancienne magnanerie afin d’alléger cette étape. Malheureusement, la totalité du gîte était réservée pour fêter un anniversaire. Nous avons donc décidé de rejoindre, d’une traite, le refuge du parc des Cévennes à Aire de Côte.

A 8h30, nous quittons Colognac après un petit déjeuner décoiffant. De suite, le sentier, ancienne draille de transhumance, annonce la beauté de l’étape. Le sentier suit les crêtes, offrant une vision à 360 °. Seule une brume de chaleur tenace ne nous permet pas d’entrevoir la Méditerranée. Les bruyères en fleurs tapissent d’un mauve profond les pentes des vallées. Les mûres sont succulentes, les bogues des châtaigniers, d’un vert clair, vont attendre encore quelques semaines avant de fournir leur fruit d’hiver. Nous passons sur le pont moutonnier qui enjambe la route au col de l’Asclier.

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Au kilomètre 12, nous profitons de l’ombre d’un conifère pour faire la pause méridienne. Nous croisons plusieurs groupes accompagnés d’ânes, la spécialité du coin en résonance avec le chemin de Stevenson. Au col de l’homme mort, des sentiers se croisent, soit pour redescendre vers Notre Dame de Rouvière, soit vers le village des Plantiers. Le sentier se poursuit au milieu de pâtures jusqu’au col du Pas où se dresse une immense croix de Lorraine, en souvenir des maquisards de l’Aigoual et des Cévennes. Nous attaquons une bonne grimpette sous un soleil ardent qui réverbère sur la roche environnante. Le dernier kilomètre sur la départementale, sous le couvert des immenses résineux de la forêt domaniale de la vallée Borgne, permet de souffler et de finir l’étape en toute décontraction.

Le gîte est occupé essentiellement par des cavaliers, mais nous disposons d’un dortoir et de sanitaires pour nous seuls. Pendant le repas, nous faisons connaissance d’un couple de retraités, en séjour d’une nuit avec leurs petits enfants. Randonneurs dans l’âme, nous évoquons avec ces Montpelliérains, nos souvenirs du Mare e Monti en Corse notamment.

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Extrait catre IGN 1:25000ème Tracé Openrunner

Vendredi 30 août 2013

Aire de côte-Barre des Cévennes
Distance : 24km
Dénivelé : +386m, -540m

En partant d’Aire de côte, la multitude de sentiers nous désoriente. D’emblée, nous partons sur une fausse piste. Mais, très vite, nous constatons notre erreur, et nous retournons au gîte pour nous rendre compte que la piste forestière passe le long du bâtiment. Nous montons régulièrement dans la forêt de résineux. Quelques ramasseurs de cèpes viennent tenter leur chance. L’année 2012 avait été une année mémorable, car selon les dires de nos Montpelliérains, « on marchait dessus ». Au départ du gîte, nous avions la possibilité de prendre la draille de transhumance. Nous la récupérons pour descendre voir la source du Tarnon. En ce début de matinée, aux approches de la zone humide, un léger brouillard diffracte les rayons rasants du soleil. Nous entrons dans une atmosphère de beauté sereine. Mais rapidement dissipée, lorsque des protestations sont venues rompre cette alchimie de la nature, car la draille se faisait légèrement pentue pour rejoindre la piste.

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Sur la draille de transhumance

Au bout de deux heures, la forêt s’éclaircit et la vue se dégage sur la succession des vallées de l’Aigoual. Un petit bois de pin fera l’affaire pour étendre les capes de pluie sur une herbe tendre et casser la croûte.

Un coup de fil du gîte d’étape de l’Hom nous apprend que les chambres ne sont plus disponibles mais qu’un couchage en mezzanine est vacant. Dépités, nous acceptons néanmoins cette solution de secours malgré notre réservation.
Nous croisons notre premier troupeau de moutons qui s’abreuvent dans une cascade de baignoires multicolores, implantées en pleine nature. Désaltérés, les ovins se lancent dans une chevauchée à bride abattue vers un bois de sapin pour se protéger de la chaleur du soleil. Nous traversons d’immenses prairies à l’herbe dorée, ondulant avec la brise. Puis, nous longeons le bord du causse entre blocs de pierre et cardabelles.

A partir de l’hospitalet, nous nous retrouvons sur la départementale pour trois kilomètres d’asphalte. Ce hameau, contrairement à son nom, est peu propice à un arrêt car la vétusté des structures d’accueil est assez repoussante.

A Barre des Cévennes, nous remercions Jean Claude Combes pour le gardiennage sans frais de notre véhicule. Nous restons un bon moment sous la tonnelle à discuter sur l’accueil des gîtes et les nouvelles perspectives de GR de pays dans les Cévennes.

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Village de Barre des Cévennes

Nous rejoignons la ferme de l’Hom sur le causse Méjean, au pied du chaos granitique de Nîmes le Vieux. Nous sommes hébergés dans le gîte d’étape au dessus de la cuisine et de la salle commune.

Au coucher du soleil, les couleurs sur le causse sont superbes. Au cours de l’excellent repas, nous apprenons par inadvertance que notre chambre a été cédée à un couple de strasbourgeois, arrivé dans l’après-midi. Un certain manque de respect pour les derniers arrivés, malgré une réservation et un dépôt d’arrhes.

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Chaos granitique de Nîmes le Vieux

S’il vous arrivait pareille mésaventure, surtout refusez la mezzanine où votre sommeil sera perturbé par la lumière du bloc de sécurité, le bruit du moteur de la VMC et les odeurs putrides des eaux usées.

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Extrait carte IGN 1/25000ème Tracé Openrunner

Samedi 31 août 2013

Nous profitons de notre présence dans ces lieux pour parcourir le chaos granitique. Puis nous redescendons vers Meyrueis, pour retrouver avec toujours autant de bonheur Eric et Marie Hélène qui tiennent le camping de la Cascade.