Vendredi 3 juillet

Tels des nomades, nous enfournons tout notre campement dans notre petit véhicule et nous quittons Le Grand Bornand pour une autre vallée alpine. Nous franchissons le col des Aravis qui marque la frontière entre la Haute Savoie et la Savoie. Au village de Hauteluce, nous marquons une pause pour visiter son église baroque avec ses fresques intérieures et extérieures. Puis nous descendons vers Beaufort, cité du fromage du même nom. La petite cité est traversée par une rivière vive, ses étroites ruelles sont regroupées autour de l’église bâtie sur un piton rocheux. Sur les recommandations de l’office du tourisme, nous visitons les caves de la coopérative laitière. Nous ne pourrons pas assister à la fabrication du Beaufort qui n’a lieu que le matin. Vêtus d’une blouse blanche et d’une charlotte, nous pénétrons dans les caves. La chute thermique est brutale. La canicule extérieure proche de 30°c laisse place à une température de conservation de 9°c. Nous pénétrons dans des cellules où sont entreposées des centaines de meules à un stade de maturité plus ou moins avancé. Des robots ont été introduits pour soulager le travail humain, qui consiste à retourner les meules de 40 kg pour les brosser régulièrement. A la boutique, nous en profitons pour compléter notre avitaillement pour notre transhumance montagnarde.
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Façade de l'église de Hauteluce                                                           Meules de Beaufort caves de la coopérative laitière

Pour la soirée, nous avons réservé une chambre d’hôtes dans le hameau de Bonnecine, près de Queige. Accueil chaleureux dans cette ancienne ferme rénovée. Nos hôtes nous réservent une table pour le dîner au bar-épicerie de Queige qui façonne une cuisine familiale. Nos couverts sont disposés sur la terrasse, seule une autre table est pourvue de convives. Au cours du repas, nous lions conversation avec les chauffeurs de navette scolaire et leurs accompagnatrices qui viennent clôturer autour d’une fondue bourguignonne la fin de l’école et le départ en retraite de deux des leurs. L’ambiance est bon enfant, et ils tiennent absolument à nous faire goûter un tiramisu au lait d’amande préparé spécialement pour eux. Le patron nous offre un digestif au citron. Sa femme vient le rejoindre et la discussion s’engage sur la vie commerçante du bourg. Une ambiance villageoise où les gens prennent le temps de se raconter.

Samedi 4 juillet

Plan de la lai - tête nord des Fours - refuge de la Croix du Bonhomme
Dénivelé :+1056m ; -458m
Temps : 5h00

Un petit déjeuner royal nous attend sur la table de la salle commune. Nous ne pouvons nous attarder plus longtemps devant ces agapes. Nous devons rejoindre le lac de Roselend. Nous délaissons la partie ouest du tour du Beaufortain qui semble, d’après tous les forums, peu intéressante ou défigurée par d’innombrables remontées mécaniques. Notre tour se fera en sens inverse et à partir du refuge du plan de la Lai, où nous laissons notre véhicule. Les fortes températures des semaines précédentes ont favorisé la fonte des neiges et permettent ainsi de rejoindre le refuge de la Croix du Bonhomme par la crête des Gittes. Ce sentier a été creusé en 1912 par le 22éme bataillon de chasseurs alpins à des fins militaires à flanc de montagne. Ce passage aérien permet de passer du versant ouest au versant est. Nous passons devant le refuge, continuons sur le GR pour monter à la tête nord des Fours. Nous traversons d’irréductibles névés pour aboutir à une table d’orientation face au massif du Mont Blanc.

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Nous rejoignons le refuge, point de rencontre du GR5, du tour du Beaufortain et du tour du Mont Blanc. Ce soir, nous sommes 70 randonneurs à partager les 120 places disponibles. Le dortoir de six personnes est occupé par trois bretonnes et un marcheur solitaire. Les quatre douches sont prises d’assaut et la queue s’allonge dans le couloir. A 19h00, le repas est servi. Soupe aux lentilles, soupe à la grimace ; bœuf bourguignon et polenta, je n’aime pas çà ; le dîner n’est pas trop du goût de Martine. Bien que la fenêtre soit ouverte dans le dortoir, la chaleur m’empêche de dormir. Le matin, la tiédeur est bien présente. Malgré l’altitude, le short et la chemisette sont suffisants pour quitter le refuge en direction du col du Bonhomme.
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Carte IGN Scan express Géolives - Tracé Sitytrail sur Quechuaphone 5

Dimanche 5 juillet

Refuge de la Croix du Bonhomme - Refuge de Roselette
Dénivelé : +1293m ; -750m
Temps : 6h00

Pour arriver au col du Bonhomme, nous franchissons quelques pierriers. Nous croisons des randonneurs matinaux partis du parking de la Balme. Le col est matérialisé par un petit abri en bois.

Nous entamons la descente. Soudain, nous sommes confrontés à la mondialisation. Toutes les nationalités grimpent vers le col à la queue leu leu. Nous bifurquons vers les lacs Jovet en pensant retrouver un peu de quiétude. Mais les marcheurs dominicaux arrivent peu à peu pour profiter de la beauté du site. En quittant le TMB et le GR5, nous nous retrouvons seuls face à l’immensité de la montagne. Nous prenons la variante du GRP du Beaufortin pour franchir le col de la fenêtre. La montée est assez raide, puis lui succède un immense plateau de blocs et de pierres avant les derniers lacets qui débouchent sur un petit replat. De ce belvédère, nous déballons un saucisson de bœuf et un beaufort d’été.
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Lac Jovet                                                                                           Col de la Fenêtre

De l’autre côté, le paysage est totalement différent, du minéral, nous découvrons de verts pâturages tapissés d’une floraison abondante. Puis les télésièges et les pistes nous ramènent à la réalité du tourisme de masse. Au refuge de Roselette, nous sommes hébergés dans un dortoir de 18 places. Heureusement, certains optent pour le tipi, d’autres pour la roulotte. Nous ne serons que dix à dormir dans cette pièce et à pouvoir prendre nos aises.

Des transats, mis à notre disposition sur la terrasse orientée face au massif du Mont Blanc, permettent une détente totale entre lecture, écriture, contemplation tout en sirotant une petite pression bien fraîche. Au coucher du soleil, nous verrons briller les parois métalliques du refuge du goûter, au pied du Mont Blanc.
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Carte IGN scan express Géolives - Trace Sitytrail sur Quechuaphone

Lundi 6 juillet

Refuge de Roselette - Village de Hauteluce - Transfert en bus à Beaufort, puis à Arèches
Dénivelé : +466m ; -1227m
Temps : 4h30

Au petit déjeuner, le groupe de belges nous reconnecte à la réalité en demandant au gérant des nouvelles du référendum grec. Nous nous étions totalement coupés des bruits du monde pour nous recentrer sur la vie locale. Nous repartons du refuge, l’esprit un peu barbouillé. Avec tant d’objets connectés, l’isolement temporaire devient difficile à trouver.

Jusqu’au col du Joly, les remontées mécaniques tendent leurs filins d’acier au dessus de nos têtes. La proximité des troupeaux attire de nombreux insectes suceurs de sang chaud. Les taons nous assaillent et nous piquent. Nous essayons de lutter en nous badigeonnant de crème solaire. Nous traversons des parcelles couvertes de doronics, de verdâtres, de campanules. Le sentier ressemble étrangement à nos chemins littoraux, étroits, sinueux et vallonnés. A l’approche du refuge de la Croix de Pierre, la sente s’élargit en un large chemin d’exploitation. Quelques fermes d’alpage sont implantées aux abords. Nous forçons l’allure pour pouvoir attraper le bus à l’arrêt de Hauteluce.
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Refuge de Roselette                                                                            Massif du Mont Blanc vu de la terrasse

La descente est assez sportive. Nous arrivons avec quinze minutes d’avance sur l’horaire indiqué. Au bout d’une demi-heure, nous commençons à douter du passage des navettes d’été. Deux bus arrivent à quelques minutes d’intervalle. Les horaires ont été modifiés pour permettre un transfert entre Beaufort ou Les Saisies. A Beaufort, la conductrice nous propose de laisser nos sacs en soute, car la liaison pour Arèches, par le même bus, repart en milieu d’après-midi. Merci Edwige. A la terrasse du café-boulangerie « Le petit randonneur », nous salivons devant une tartelette framboise-myrtille. Seuls à bord du bus, Edwige nous conduit par des routes sinueuses au village d’Arêches.
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Carte IGN scan express Géolives - trace Sitytrail sur Quechuaphone

Mardi 7 juillet

Village d’Arèches - Bus - Télésiège du Piapolay au Planay - Refuge de l’Alpage
Dénivelé:+899m ; -790m
Temps : 6h

Après une nuit de récupération à l’hôtel, nous parcourons les ruelles d’Arèches à la recherche des commerces d’alimentation : boulangerie, fromagerie et supérette. Les sacs sont à nouveau bien remplis pour les trois jours à venir. Nous attendons la navette qui doit nous déposer au Planay, au pied du télésiège du Piapolay. Après une minute d’appréhension et une dizaine de minutes dans les airs, nous sommes à pied d’œuvre pour continuer notre tour du Beaufortain.

Pour ne pas arriver trop rapidement au refuge de l’alpage, nous décidons d’aller contempler, dans la direction opposée les lacs de Lavouet. Pour atteindre le col la Bâthie, nous empruntons une descente assez raide. Ensuite le chemin suit les courbes de niveau. Nous soulevons les clôtures mobiles qui barrent le sentier balisé, nous passons au milieu des troupeaux de vaches laitières. La trayeuse mobile est installée au bord du chemin d’exploitation, au plus près de la pâture. Puis nous entamons la montée vers le col des lacs. Arrivés au bord des lacs, nous nous posons la question de faire ou de ne pas faire une boucle pour redescendre vers le col de la Bâthie. Mais l’heure avancée de la journée nous stoppe dans nos velléités d’ascension tous azimuts. Après une détente au bord du lac, nous retournons par le même itinéraire au refuge des Arolles.
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Chalet d'alpage au dessus du télésiège du Piapolay                               Entre les Arolles et l'Alpage

Nous entrons dans une espèce de grand cirque où de nombreux ruisseaux coulent en direction du lac de Saint Guérin. C’est un bonheur de pouvoir se rafraîchir à cette eau fraîche et bondissante. D’autant plus que le chemin s’avère plus accidenté que prévu et que la réserve d’eau arrive à sec.
Malgré la beauté du paysage traversé, nous avons hâte d’en voir le bout.

A l’arrivée au chalet refuge, l’hôtesse nous désigne notre dortoir « La violette ». Ce soir les trois dortoirs de quatre lits sont occupés par six personnes. Faites le calcul ! Le vent s’est levé, quelques gouttes de pluie se mettent à tomber, l’atmosphère se rafraîchit.

Nous sommes hébergés par un couple dont le cuisinier est maître restaurateur. Le dîner est à la hauteur de son titre. Une étape incontournable sur ce tour du Beaufortain.
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Carte IGN scan express Géolives - trace Sitytrail sur Quechuaphone

Mercredi 8 juillet

Refuge de l’alpage - Refuge de l’Econdu
Dénivelé : +537m ; -651m
Temps : 3h30

L’hôtesse nous avait presque convaincus d’aller gravir le Grand Mont, puis de revenir vers le lac de Saint Guérin par le col de la Louze. Au dernier moment, nous nous dégonflons et nous prenons l’itinéraire direct. Ce sera sans doute le seul regret de cette virée car la journée de marche sera très courte pour rejoindre le refuge de l’Econdu, malgré un tour complet du lac de Saint Guérin et un passage sur une passerelle métallique, façon tibétaine, mais accessible aux personnes à mobilité réduite.

Alors pour profiter de l’air pur et de la beauté du site et ne pas arriver trop tôt au refuge, nous nous installons au bord du lac des fées, sur la couverture de survie. Bouquins, sudoku, journal de bord, sieste sont les principales activités de l’après-midi.

Vers 16 heures, nous repartons en direction de l’Econdu. Surprise, le gardien n’attend que nous. Nous bénéficions de la seule chambre, au décor népalais. Deux autres dortoirs complètent le couchage, l’un aborde le thème de la Laponie, l’autre celui du Beaufortain.
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Le lac des Fées                                                                                   Petite marmotte sort de son trou

Le gardien, peu avenant, peu causant dans les premiers abords, se découvre au fur et à mesure être un autre personnage. Un voyageur de l’extrême : Népal, Spitsberg, nord-Russie. Au cours du repas traditionnel savoyard, il nous narre ses expéditions dans les contrées lointaines. Nous savourons ce moment de partage, même si nos treks sont nettement plus modestes.

A l’extérieur les marmottes et marmottons s’en donnent à cœur joie à quelques mètres du refuge. La petite marmotte juvénile savoure ses premières sorties hors du terrier, sans jamais trop s’aventurer, même si maman veille au grain.
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Carte IGN scan express Géolives - trace Sitytrail sur Quechuaphone

Jeudi 7 juillet

Refuge de l’Econdu - Lac d’Amour - Refuge du Presset
Dénivelé : +1138m ; -538m
Temps : 5h30

Nous quittons ce petit coin de sérénité pour rencontrer l’Amour. Un petit lac, au pied de la Pierra Menta. Le gardien nous a conseillé de monter, à partir du Cormet d’Arèches, vers la croix du Berger, pour profiter d’un sentier en crête. Nous récupérons le GR en coupant à travers les pâtures. L’ascension du col de Coin se fait aisément. Sa descente s’avère un peu plus délicate. Nous nous dirigeons à travers un pierrier de schistes vers le lac d’amour. Quelques névés résistent au pied du plan d’eau. Nous interrogeons quelques randonneurs, venant du refuge du Presset, sur la dangerosité de la descente au col du Tutu au pied de la Pierra Menta. Chacun s’accorde à dire qu’elle est délicate. Nous optons pour l’autre option en descendant par la vallée et en reprenant le GR vers le col de Bresson. Au pied du col, nous apercevons le refuge du Presset, implanté sur un promontoire, dominant le haut vallon de l’Ormente.

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Le refuge a été reconstruit et a ouvert ses portes en 2013. Il offre un cadre très agréable, avec une immense terrasse en bois, où il fait bon se désaltérer. Le chalet accueille 30 randonneurs et affiche complet. Nous sommes hébergés, dans un des cinq dortoirs de six personnes, avec quatre jeunes filles.

Nicolas, le maître des lieux nous prépare ses fameuses pâtes carbonara, qui font sa réputation depuis plus de quinze ans.
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Carte IGN scan express Géolives - trace Sitytrail sur Quechuaphone

Vendredi 8 juillet

Refuge du Presset - Plan de la Lai
Dénivelé : +223m ; -897m
Temps : 4h00

Nous avons discuté sur les deux options possibles pour rejoindre le parking du Plan de la Lai. Retour vers le col du Bresson et sentier en balcon au dessus du Lac de Roselend ou pour éviter de faire demi-tour, franchir le col du Grand Fond et descendre dans la combe de la Neuva. L’année est propice pour se permettre de prendre la deuxième solution car l’enneigement est très faible. Moralement, la découverte d’un nouvel itinéraire est toujours plus excitante que de devoir reprendre le chemin de la veille. Le refuge est encore dans l’ombre quand nous commençons à gravir la pente du col. Une barrière de neige semble rendre le col infranchissable. Arrivés à sa hauteur, nous contournons ce gros névé qui chapeaute la brèche. De l’autre côté, de petits névés parsèment les pentes de la combe. La descente est agréable, le massif du Mont Blanc est en point de mire. De nombreux rus s’écoulent des pentes pour venir grossir le ruisseau de la Neuva. Les plantes, les fleurs et les mousses profitent de cette humidité ambiante pour offrir au promeneur de passage l’impression de marcher dans un jardin botanique.
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Versant sud du col du grand Fond                                                        Dans la combe de la Neuva

Nous rejoignons le Cormet de Roselend. Les derniers kilomètres sont balisés sur la route départementale D925. Nous décidons de couper à travers la pente enherbée afin de nous éviter les lacets bitumés. Le terrain paraît sain, mais quelques trous vaseux s’avèrent fatals pour quelques pieds malchanceux.

Nous arrivons en vue du refuge du plan de la Lai, où nous apercevons notre véhicule.
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Carte IGN scan express Géolives - trace Sitytrail sur Quechuaphone

Nous ne pouvions pas repartir de cette si jolie contrée sans ramener des morceaux de Beaufort. La glacière est remplie de ce fromage d’alpage au goût si parfumé.

Une halte est programmée dans le Mâconnais, dans la chambre d’hôtes La Grange de la Ferdière à Brandon. Nous profitons de la table d’hôtes afin de goûter les spécialités locales et nous ne sommes pas déçus. Le propriétaire nous fait goûter les vins locaux, mâcon rouge et blanc et Saint Véran qui accompagnent une terrine de lapin maison, un rizotto, des fromages du cru : époisses, chèvre et une tarte à la rhubarbe du jardin. Un vrai régal.

Le coffre se remplit d’une caisse de blancs mâconnais pour fêter dignement avec les amis notre séjour savoyard.

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