Dimanche 8 mars

Tandis que le coronavirus se répand méthodiquement dans l’hexagone, nous quittons notre bord de mer pour aller découvrir la vallée de la Clarée sous son manteau enneigé. La route est longue entre la Bretagne et le Briançonnais. Comme l’été dernier, nous nous accordons une pause dans le Mâconnais, à la chambre d’hôtes de la Grange de la Ferdière.

Avant de poser nos valises, nous profitons de notre après-midi pour découvrir Paray le Monial, haut lieu de pèlerinage lié à trois apparitions de Jésus à une religieuse visitandine. Nous visitons le centre ville médiéval et la basilique du Sacré-Cœur, nous longeons les bords de la Bourbince qui traverse la ville. Nous ne pouvons nous empêcher de voir des similitudes avec notre cité religieuse de Sainte Anne d’Auray.
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Hameau de Laval -Vallée de La Clarée                                           Gîte Les Mélézets -Névache

David nous accueille dans la cour de sa bâtisse bourguignonne, mais d’emblée l’épidémie est au cœur des discussions.

En attendant la table d’hôtes, nous marchons jusqu’au hameau de la Ferdière d’en haut. Nous partageons le repas avec un couple d’alsaciens. Comme à l’accoutumée, la tarte aux oignons, le bœuf bourguignon et la tarte meringuée sont succulents, accompagnés des vins choisis chez des vignerons locaux.

Lundi 9 mars

Nous reprenons la route. Les poids-lourds aussi. La météo est capricieuse, les grains se succèdent rendant la conduite éprouvante. A Vizille, les panneaux d’information indiquent l’obligation d’avoir des équipements spéciaux pour franchir le col du Lautaret. Malgré un entraînement intensif avant le départ pour chaîner la voiture, une certaine appréhension règne dans l’habitacle à l’approche du col. Les bas côtés présentent une hauteur de neige non négligeable, mais la route est bien dégagée. Nous basculons dans l’autre vallée, soulagés.

Nous arrivons à Névache en début d’après-midi sous un ciel nuageux. Je loue une paire de raquettes et aussitôt nous enfilons notre équipement pour une mise en jambes entre le hameau de Roubion et le village de Pamplinet. Nous longeons les pistes de ski de fond puis nous bifurquons dans un bois de pins. Le vent violent est cinglant. Nous faisons demi-tour en arrivant près d’une petite chapelle, à proximité du hameau. En arrivant à la voiture, la clé électronique ne fonctionne pas. Nous sommes à cinq cent mètres du gîte, et bloqués sur le parking. Je souffle sur la clé, je la serre dans mes mains pour la réchauffer. Au bout de dix minutes d’effort et plusieurs tentatives, un déclic se fait entendre, les clignotants s’allument et les rétroviseurs pivotent. Soulagés, nous filons aux Mélézets où nous attendent Mathieu et Emilie. Mathieu nous accueille et nous installe dans une chambre avec vue sur la montagne de l’Oule, couverte de neige.

Mardi 10 mars

Trajet : Névache - Auberge de La Fruitière
Distance : 17km
Dénivellé :
±377m

Sur les conseils de Mathieu, nous quittons le gîte à pied en longeant les pistes de ski de fond jusqu’à la ville haute de Névache. Puis nous empruntons la départementale 301t, enneigée et autorisée seulement aux raquettistes, aux skieurs et aux motoneiges des refuges gardés. Ils sont, au nombre de cinq, répartis dans la vallée de La Clarée. Nous montons jusqu’au pont du Rately que nous franchissons en direction du refuge de Buffère. En longeant la Clarée, à l’eau translucide et aux parois bosselées par les amas de neige nous nous dirigeons vers Fontcouverte en suivant une trace profonde et étroite. C’est une journée blanche tant au sol que dans le ciel. De petits flocons virevoltent. A l’embranchement avec la piste menant au refuge du Chardonnet, nous traçons notre chemin pour rejoindre l’auberge de La Fruitière, but de cette journée. A 12h30, nous arrivons au pied du restaurant montagnard. Nous récupérons la route pour continuer vers le refuge de Laval en attendant 13h00. A l’heure dite, nous sommes attablés au chaud, pour un menu hautement calorique.
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Chapelle Sainte Marie                                                                La Clarée

Pour le retour, nous empruntons la rouge enneigée. Des petites chapelles jalonnent notre chemin. Entre les chapelles Sainte Marie, Sainte Anne, Sainte Barbe et Notre Dame de Bon secours, de nombreux chalets de bois et de pierre attendent la belle saison pour ouvrir leurs portes. Vers 16h00, nous arrivons au gîte, en parfaite synchronisation avec un groupe de randonneurs qui partagent notre hébergement.
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Mercredi 11 mars

Trajet : Névache - Col des Thures
Distance : 13km
Dénivellé :±626m

Nous percevons, à travers les volets, une forte luminosité. Un ciel bleu et un soleil éblouissant illuminent les montagnes environnantes. Après un copieux petit déjeuner, nous quittons les Mélézets par le nord-est en chaussant les raquettes. Nous traversons quelques enclos en franchissant acrobatiquement les clôtures. A la station de ski du Roubion, nous récupérons le sentier en direction du col des Thures. Nous nous retrouvons à marcher, en alternance, avec un quatuor qui se dirige dans la même direction. La neige est abondante. Des blocs de neige roulent sur le versant ouest et s’arrêtent le long du GR. Nous longeons le torrent du Roubion. Quelques barrages canalisent la fonte des neiges. Nous approchons des cheminées de fée, blocs de forme mégalithique, qui résultent de l’érosion des roches tendres. Une bonne grimpette nous attend avant d’arriver sur le plateau des Thures. Le dernier lacet traverse un dévers bien raide. A l’arrivée sur le vallon des Thures, le contraste est saisissant avec ce que nous avions vu l’été dernier, où l’immense prairie était couverte de fleurs. Nous découvrons une étendue de neige, d’une blancheur immaculée sous un ciel bleu azur. Seule la cabane pastorale se détache de cette dichromie. Les deux couples se sont installés à l’abri des murs de pierre pour déjeuner. Nous continuons vers le col. Une ancienne trace, à peine visible, nous sert de repère pour nous diriger vers le lac de Chavillon. La montée est ardue. Nos raquettes s’enfoncent dans la poudreuse.

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Nous nous installons pour pique-niquer au bord d’une cuvette, le lac, entièrement recouvert de neige. Le panorama est majestueux. Nous sommes entourés des massifs du Thabor, de l’Aiguille Rouge, du sommet Rond. Nous profitons du passage des autres randonneurs pour redescendre dans leurs traces qui ont damé la neige. La chaleur la rend molle et collante. Nous nous arrêtons à la cabane forestière. Nous nous allongeons sur un lit d’aiguilles de pins, au pied d’un mélèze. La chaleur sort du sol et vient irradier notre corps. Une sensation de bien-être tellurique nous envahit. Depuis ce matin, le débit du Roubion a grossi, et sa couleur est devenue caramel, de par la boue qu’il charrie. Nous traversons le village pour rejoindre, de l’autre côté de la Clarée, la piste damée. A la terrasse du gîte, une bière au génépi étanche notre soif et notre envie de saveurs nouvelles. En attendant l’heure du repas, nous discutons avec Mathieu sur l’élevage des cochons et leur transformation en pâtés, saucisses et autres charcuteries. Ce soir, Emilie préside la tablée. A tour de rôle, ils participent à la vie collective du gîte. Nous terminons la soirée par une belote avec Mathieu et Emilie.
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Jeudi 12 mars

Trajet : Névache - vallon de Buffère
Distance : 16km
Dénivellé :±634m

En cette journée sous le signe du disque solaire, nous empruntons le pont de Fort Ville pour rejoindre la Ville Haute. En traversant le bourg, nous remarquons les petites ruelles aux noms évocateurs, rue des Couettes, rue de la Ville là-bas, de la Pépy et bien d’autres. Nous rejoignons la départementale, les raquettes sur le dos. A Notre Dame de bon secours, nous bifurquons vers le chaos rocheux de Lacou. Les raquettes au pied, nous longeons la Clarée jusqu’au pont du Rately. Le chemin monte en direction du refuge de Buffère. De nombreux skieurs et raquettistes suivent ce large sentier. La pente est assez raide. Puis la forêt s’éclaircit. Une large trouée permet d’admirer la vallée de La Clarée et le petit bourg de Névache. Encore un dernier effort pour arriver au hameau de Buffère. De nombreux petits chalets restaurés sont éparpillés autour du refuge et de la petite chapelle Saint Ignace.
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Nous continuons vers le sud, en direction du col de Buffère. Le vallon est large, dépourvu d’arbres de haute tige. Nous avons la sensation d’être en haute altitude. A mi-chemin entre le col et le refuge, nous faisons demi-tour car Martine souffre d’ampoules aux talons. Dans la descente, nous admirons avec envie les skieurs de randonnée. Nous échangeons quelques mots avec eux, notamment sur le plaisir de partager des moments aussi merveilleux. Après le pont du Rately, nous essayons de contourner le chaos rocheux par la droite, mais sans succès et nous reprenons la route au niveau de la chapelle Notre Dame de Bon Secours. A la boulangerie du village, nous nous laissons tenter par de petits craquants aux amandes.

En attendant l’heure du repas, nous profitons de la salle commune pour taper le carton. Mathieu vient nous offrir l’apéritif maison à base de vin blanc et de génépi. Durant le dîner, nous apprenons la fermeture des écoles, collèges et lycées de France pour éviter la propagation du Covid-19. Les petites filles de Mathieu et Emilie sont toutes en joie d’être à nouveau en vacances.
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Vendredi 13 mars

Trajet : Névache - Refuge de Laval
Distance : 21km
Dénivellé :±538m

L’objectif de cette dernière randonnée est de découvrir le fond de la vallée de La Clarée, au-delà du refuge de Laval, et éventuellement de rejoindre le refuge des Drayères. Nous délaissons les raquettes car nous allons emprunter jusqu’au refuge de Laval la piste bien damée. Ensuite, le refuge des Drayères dispose d’un engin lui permettant de tracer une piste pour assurer ses ravitaillements en produits frais. A peine garé au parking de la ville haute, je m’aperçois que j’ai oublié mes lunettes de soleil. Je retourne au gîte car la réverbération est si intense que je ne peux me passer des verres protecteurs. Une escouade de l’armée se prépare également à emprunter la route. A la Chapelle de Notre Dame de Bon secours, nous entamons la conversation avec un guide de haute montagne de 79 ans, fort à l’aise sur ses skis de randonnée. Il étudie le manteau neigeux et il nous explique sa composition actuelle et les risques peu élevés d’avalanche. Nous dépassons la Fruitière et une nouvelle aventure commence. Nous longeons le camping sous la neige et La Clarée dont le débit augmente de jour en jour. La montée est très progressive. Des chalets couverts d’un épais manteau de neige se succèdent le long de la départementale. Avec le soleil omniprésent, la neige devient molle.
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Eglise de Névache                                       Maisons de Névache                                  Vers le refuge de Laval

Avec l’altitude, la montagne s’est débarrassée de ces mélèzes. Ce sont des sommets tout de blanc vêtus que nous découvrons en arrivant en vue du refuge de Laval. Nous traversons le hameau jusqu’au bout de la piste. Nous tentons de suivre les traces qui se dirigent vers Drayères. Mais, au bout de dix minutes à nous enfoncer régulièrement jusqu’aux genoux, nous renonçons et nous rebroussons chemin. Nous regrettons de ne pas avoir emmené les raquettes. Nous profitons de la courette déneigée d’un chalet pour pique-niquer, en plein soleil et à l’abri d’un vent frisquet. Nous redescendons tranquillement, par le même chemin, jusqu’à Névache, en prenant le temps d’une halte à la Fruitière pour déguster un chocolat tiède. A la boulangerie de Névache, nous achetons quelques spécialités maison, le pain d’épices et le panettone.
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La Clarée                                                                                La Vallée de La Clarée

Ce soir, au repas, de nouvelles têtes ont pris place à la table. Nous n’aurons pas l’occasion de faire plus ample connaissance car nous bouclons les valises, le lendemain matin.
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Samedi 14 mars

Trajet : Vergisson en AR
Distance : 5km
Dénivellé :±247m

Nous quittons le gîte des Mélézets et l’accueil formidable de Mathieu et d’Emilie. Nous avons profité d’une météo exceptionnelle, d’un enneigement abondant et de paysages fabuleux. Avant une nouvelle halte à la Grange de la Ferdière, nous avons envisagé une petite randonnée vers La Grave, en aval du col du Lautaret. Nous ne sommes pas emballés par l’effervescence de tous ces skieurs du week-end qui s’agitent dans la station. Alors, nous avons l’idée de découvrir la Roche de Solutré, située à quelques kilomètres de chez David, dont le couple d’alsaciens avait évoqué l’ascension.

En approchant de Villefranche sur Saône, le voyant défaut moteur s’allume. Etrange coïncidence, puisque l’été dernier au même endroit, nous étions restés en panne à Villefranche. Nous décidons de ne pas en tenir compte et de continuer notre route. Le véhicule ne semble pas donner de signes de dysfonctionnements. Grâce à Sitytrail, je repère une petite boucle de 9km autour du site emblématique de la Saône et Loire. Nous nous arrêtons dans le bourg de Vergisson, au pied d’un escarpement calcaire, assez semblable à son voisin. Le sentier traverse les vignes de Pouilly-Fuissé, cépage chardonnay produit sur les 760 hectares situées autour du grand site classé. Nous arrivons au pied de la roche. Nous sommes étonnés par le nombre de visiteurs. Nous prenons le maximum de distance pour éviter la contagion. Nous contournons le flux montant et descendant par un petit sentier en balcon qui domine la commune de Vergisson et son imposant promontoire. Quelques parapentistes s’élancent du haut de la roche et profitent des courants ascendants pour survoler le vignoble mâconnais. Nous restons à distance du point culminant, où s’entassent une multitude de touristes.
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La roche de Solutré et les vignes de Pouilly-Fuissé                                            La roche et le village de Vergisson

Nous redescendons vers Vergisson par la face nord. Nous arrivons à la Grange de la Ferdière en fin d’après-midi. David se désole de toutes les annulations qu’il enregistre suite à la crainte d’un confinement du pays et se questionne sur la pérennité de son activité. Ce soir, nous serons les seuls à partager le repas avec David. Cela ne l’empêche pas de nous concocter un délicieux menu.
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Dimanche 15 mars

Nous avons, à peine, parcouru un kilomètre que le voyant rouge de la voiture disparaît. Nous ne cherchons plus à comprendre les mystères de l’électronique. Nous repartons d’une semaine de vacances riche de rencontres et de découvertes. Sans savoir ce qui allait nous attendre les semaines suivantes.