Après plusieurs mois de préparation et d'attente, nous avons, enfin, posé le pied sur le sol corse.
Dès que nous parlions de cette île, les qualificatifs les plus prometteurs fusaient de toutes parts.
Il fallait donc en avoir le cœur net et envisager de parcourir un de ses chemins à pied pour être au plus près de l'âme corse.
Le GR20 nous semblait au dessus de nos capacités, alors nous avons opté pour le Tra Mare e Monti.
Celui-ci a l'avantage d'allier coté mer (bretons obligent) et coté montagne.

Cette petite aventure avait aussi pour objectif :
- de rejoindre Calenzana, point de départ de la rando, par les transports collectifs (pour pallier au surcoût du carburant, à la durée et fatigue du transport) : avion de Rennes à Ajaccio, puis train pour Calvi avec halte à Corte, et bus de Calvi à Calenzana. Pour le retour, bus et avion.
- de partir à deux sur une durée de marche de dix jours,
- d'alléger nos sacs à dos pour accéder à un confort de marche et préserver notre capital vertébral : pour Martine qui avait choisi un sac de 30 litres, le poids total s'est stabilisé à 9 kilos, pour moi avec un nouveau sac Deuter de 42 litres, avec appareil photo, GPS, le poids n'a pas excédé 11 kilos.

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Sur le quai de la gare 

Première étape : Calenzana-Bonifatu
Durée : 5h00 de marche Dénivelé : +800 -400 Longueur : 14,5km
Météo : Soleil

Nous sommes arrivés, la veille au soir, au gîte communal de Calenzana, départ conjoint du GR20 et du Tra Mare e Monti, en même temps qu'un couple de Nantais. La maison de la montagne nous a renseignés sur les conditions climatiques que nous allions rencontrer au cours de notre périple.
Ainsi nous apprenons que le GR20 est fermé, pour cause de neige, aux étapes 3 et 4.
Départ vers 7h30 du gîte, mais nous prenons le temps de flâner dans le bourg de Calenzana pour compléter notre ravitaillement (saucisson, tomme de brebis, gâteaux secs et pain) et pour prendre notre petit déjeuner à la terrasse d'un café.
Le sentier débute par une bonne grimpette. Nous atteignons un magnifique point de vue sur la baie de Calvi et les villages alentours. Avec la fonte des neiges et les pluies abondantes, les torrents sont en crue. Les passages de gué sont folkloriques. Glissades, dérapages, redressements nous valent d'avoir les chaussures et chaussettes trempées. Lors d'une envolée, suivie d'une réception hasardeuse sur une plaque de boue, Martine qui admirait mon style, se retrouve couverte de pustules fangeuses. Premier jour, première lessive.

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Attention ! sol glissant 

La descente, par un chemin forestier jusqu'à la rivière de Figurella, est une promenade de santé. Peu après le pont, deux jeunes québécois nous annoncent l'arrivée au gîte dans les dix minutes. Il est donc temps de faire la pause au bord du torrent en profitant des rayons ardents du soleil. L'eau est glaciale. Au bout de quelques minutes les pieds sont pris dans un étau de froid. Nous déballons nos provisions afin de savourer les produits locaux.
Une fois à l'auberge, nous occupons notre après-midi à écouter les conversations de terrasse et notamment celles d'un groupe de belges, parti sur le GR20 et qui a dû se rabattre sur le mare e monti pour les raisons évoquées ci-dessus. Une discussion de deux heures s'engage ainsi sur les différentes options que suscite ce genre de contretemps et le tout avec l'accent belge teinté de bière.
Vient le repas du soir et là, déception! cela ressemble à la cantine scolaire. Cà sent un peu l'arnaque.

 

Deuxième étape : Bonifatu-Tuarelli
Durée : 6h30 de marche Dénivelé : +1000 -1500 Longueur : 21.5km
Météo : Chaude et lourde

C'est une bonne grimpette qui nous attend durant les deux premières heures de la matinée. Nous traversons une magnifique forêt de pins maritimes, puis de pins Laricio à l'écorce claire et lisse. Nous délaissons rapidement nos polaires. A l'arrivée au col, la baie de Calvi apparaît dans toute sa splendeur. Nous en profitons pour souffler un peu avant de poursuivre sur la crête. Soudain, j'aperçois un animal, à la robe caramel à poil ras, qui à notre approche se réfugie derrière les rochers. Seules ces deux petites oreilles et ses yeux nous observent de son promontoire. Il pourrait bien s'agir d'un mouflon. Au col de Bocca di Bonassa, nous entamons la descente vers Tuarelli.
La pente est assez douce et nous profitons de la fraîcheur d'un torrent pour sortir le pique-nique. Nous croisons un jeune corse en ballade et chasseur à ses temps libres. Nous entamons la conversation sur la diversité de la nature corse. Nous en profitons pour aborder les noms des différentes plantes dont les cistes qui poussent à profusion.
Au col de Bocca di Luca, situé à 551 mètres, notre chasseur nous rejoint. Il nous confirme la description du mouflon, mais s'étonne de sa présence aussi bas dans la montagne. Les récentes chutes de neige et la pluviométrie importante les ont peut-être incités à redescendre. Il nous donne également de bons tuyaux pour découvrir les tortues aquatiques dites tortues cistudes.
Au moment de repartir, nous apercevons notre groupe belge sur le sentier. Ils nous rejoignent et discutent de leur stratégie pour les jours à venir, reconnaissant s'être donné en spectacle la veille pour la grande honte de la Belgique. Nous descendons ensemble jusqu'au gîte, pour  partager une bière avant qu'ils continuent leur pérégrination jusqu'au gîte suivant. Puis Serge et Renée nous rejoignent. Le gîte, tout en pierres, est aménagé au bord du fleuve Fango. Les terrasses, aux arches de pierre, surplombent les magnifiques piscines naturelles façonnées par la force de l'eau.

hugo
Les trois compères

Le repas est animé, le soi-disant patron, Hugo, nous raconte la genèse des lieux, ses voyages en Amérique latine, ses accointances avec Fidel en personne. Mytho, Hugo ? en tous cas la ferrari garée devant le gîte montre la bizarrerie du personnage. Sous fond de musique cubaine, il fait ronronner le moteur du bolide et propose à chacun de s'installer au volant tandis que son fidèle aide de camp lui amène un énorme havane.
Nous terminons cette soirée surréaliste par une petite ballade dans le village de Tuarelli, histoire de retrouver un peu de sérénité.
Lorsque nous rejoignons notre dortoir, un couple d'autrichiens s'y est installé pour le plus grand malheur de Renée, pour qui les odeurs sont mal ressenties ou trop bien. 

 

Troisième étape : Tuarelli-Galiéra
Durée 5h00 de marche Dénivelé : +350 -400 Longueur : 14 km
Météo : Chaude et ensoleillée

Petit café, petites tartines ratatinées, petite portion de confiture, pas de quoi satisfaire un randonneur pour attaquer une grosse journée de marche. Heureusement, nous partons pour quatorze kilomètres avec très peu de dénivelé, en compagnie de Serge et Renée. Nous longeons les rives du fleuve Fango, où alternent cascades, goulets, vasques et plan d'eau. Les roches, sous le soleil rasant de cette matinale, font miroiter une palette surprenante de couleurs. Puis nous quittons le cours d'eau pour une petite portion de bitume avant de pénétrer dans des bois ténébreux. Des arbustes aux bois tors, dégarnis de la base, nous laissent un passage voûté à hauteur d'homme. Puis nous retrouvons la clarté lumineuse du maquis, la fraîcheur d'un ruisselet où tremper nos pieds pendant que nous dévorons saucisson et fromage locaux.
Puis la baie de Galéria apparaît en contrebas. Le village est étalé le long d'une grande plage de galets. Nous nous séparons pour retrouver notre logement respectif. Tandis que les Nantais ont opté pour le gîte d'étape, nous nous installons à quelques pas de la plage, dans une chambre d'hôtes avec sanitaires et télévision.
La plage nous tend les bras, nous y descendons et restons lézarder sur les galets tiédis par les rayons du soleil. Martine trépigne de ne pas avoir pris son maillot de bain pour allonger quelques brasses dans cette eau si transparente. Illico, elle retourne à la chambre et reviens pour se jeter dans la grande bleue.
Pour clôturer cette journée récréative,  nous nous offrons un petit resto de poissons. Elle est pas belle la vie!
 

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Le fleuve Fango 
 

Quatrième étape : Galéria-Girolata
Durée : 6h30 de marche Dénivelé : +900 -900 Longueur : 16 km
Météo : Ensoleillé 

Après un copieux petit déjeuner, nous  ravitaillons pour deux midis consécutifs car les topos mentionnent l'absence de ravitaillement à Girolata. D'entrée, nous attaquons  un dénivelé positif de 780 mètres avec une partie assez "technique" lors des traversées de gué. En effet, nous longeons un ruisseau que nous devons traverser maintes et maintes fois au grand dam de Martine, qui s'attend systématiquement à poser le pied à côté de la bonne pierre.
Autour du lac de retenue, nous observons les tortues cistudes (Emys Orbicularis) qui plongent à notre approche. Mais l'eau est tellement claire que nous les voyons évoluer sous l'eau.
La montée dans la forêt est raide, le pourcentage impressionnant. Malgré le couvert des chênes verts et des arbousiers, nous éliminons nos toxines en suant à grosses gouttes. A mi-parcours, nous rejoignons, deux  savoyardes qui pausent à l'ombre. Puis, sur un promontoire qui domine la baie de Galéria, nous retrouvons Serge et Renée avec lesquels nous pique-niquerons au sommet, sous un magnifique olivier.
Puis vient la descente vers Girolata, les jambes sont lourdes, mal assurées mais le but se découvre. La tour génoise, site emblématique du petit hâvre hypertouristique, apparaît au détour du chemin.
Nous nous installons au gîte d'étape du Cormoran voyageur, où Joseph, le propriétaire du lieu est un personnage médiatique, dans le sens dévoyé du terme.

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Sur les crêtes

Cette étape nous a donné une forte envie de délasser nos muscles dans l'eau salée. Mais le port de Girolata n'est pas si accueillant que cela. Au bord, l'eau est glauque, puis la plage recèle des trésors insoupçonnés pour un parc naturel régional (boulettes de mazout) dont Martine se beurre copieusement la plante des pieds.
Puis un va et vient incessant de vedettes débarque son flot de passagers. Ils ont juste le temps de s'installer au bar d'en face avant de réembarquer illico. Nous invitons nos Nantais à déguster une pietra ambrée à la châtaigne tandis que Joseph le pêcheur nous fait son entrée théâtrale.
De l'héliport (aire de battage en pierres) au sentier du facteur (sentier douanier), il nous refait le monde et dénonce la bêtise des ignorants. Le discours est rôdé pour les gens de passage qui ne le reverront sans doute pas de sitôt.
Par contre, le dîner est à la hauteur : soupe de poissons, sar et barracuda grillés, fromage de brebis corsé et crème à la châtaigne. 

 

 

Cinquième étape : Girolata-Curzu par les crêtes
Durée  : 6h00 de marche Dénivelé : +1100 -850 Longueur : 16,5 km
Météo :Chaud et brumeux

Nous sommes les premiers à nous installer à la terrasse pour prendre notre petit déjeuner, face au port. Nous dégustons les trop bonnes confitures maison (arbouse, citron) préparées par Colette, la compagne de Joseph, lottoise d'origine.
Nous quittons Girolata sous une température clémente. Nous avons choisi de rejoindre Curzu, par le chemin des crêtes. Lors de la montée, des bruits étranges sortent des fourrés. Nous craignons de voir débouler une horde de sangliers. La pente devient ardue, le soleil a fait son apparition et nous compensons la sudation par une consommation importante d'eau. Colette nous a signalé l'existence d'une source sur les crêtes des Salines où nous pourrons refaire le plein des poches à eau.
Sur les crêtes, la vue sur les deux versants est splendide. Nous arrivons à la fontaine. Martine fait ses ablutions avant de passer à table pour le menu de base : saucisson, fromage, fruit. Nous voyons arrivés un jeune couple aussi exténué que nous. Il profite de l'eau jaillissante et du replat à l'ombre pour pique-niquer.

Arrivés sur la crête, nous pensions nous offrir une bonne dose de plat. Que nenni ! Ce sont de véritables montagnes russes qui nous attendent. Le village de Curzu se fait attendre et il n'apparaît qu'au dernier moment. Le gîte est situé en bord de route. Nous attendons patiemment la fin du ménage pour nous installer dans une chambre de deux. Puis attablés à la terrasse du gîte, nous faisons plus ample connaissance avec Anne et Sophie, nos deux infirmières savoyardes rencontrées la veille entre Galéria et Girolata. Elles ont choisi, pour rejoindre le gîte, la variante par le sentier côtier, la plage et la montée finale vers le village. En Corse, la nuit tombe relativement tôt et chacun se retrouve dans sa chambre pour récupérer de cette journée harassante.