Samedi 28 août 2010 : Port Saint Hubert (commune de la Ville ès Nonais)

Invités à naviguer sur une vaquelotte du Cotentin, dans la vallée de la Rance, dans le cadre de la dixième fête des Doris, nous n’hésitons pas à délaisser nos kayaks pour découvrir un voilier traditionnel sur  un plan d’eau aussi prestigieux.
La fête des Doris qui accueille une centaine d’embarcations à rames permet à certaines unités à voiles d’accompagner cette flottille de cale en cale. En cette année 2010, le départ est donné de la cale du Pont Saint Hubert, delà même où est amarrée la vaquelotte sur son corps-mort.
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                                      Sur la cale de Port Saint Hubert

Nous rejoignons donc, à bord d’une petite annexe à clins, notre bateau non ponté. La vaquelotte, anciennement bateau de travail des côtes normandes, est gréée de deux mâts, un mât de misaine et un tape-cul. Un long bout-dehors permet d’amurer le foc. Nous rejoignons la cale à l’aide de deux avirons.
De nombreux doris de toutes tailles, certains gréés à la voile, d’autres  propulsés uniquement à l’aviron, viennent s’échouer tandis que les marins prennent le temps d’un petit café-croissant avant l’heure du départ.
La première étape consiste à rejoindre la cale de Mordreuc situé au sud, vent et courant portant.
Nous envoyons la misaine. Le vent, d’environ deux beauforts, permet d’établir le foc. Nous suivons tranquillement les rameurs. Nous jetons l’ancre à proximité de la cale et JP et moi-même descendons dans l’annexe pour rejoindre la terre. Musique, cidre et crêpe accueillent tous les participants à cette savoureuse aventure. Nos deux compagnes sont restées sagement à bord, ignorantes de la délicieuse collation qui nous attendait. Ce ne sera que partie remise car nous avons six cales à découvrir pour cette seule journée de samedi. De retour à bord, une petite tête émerge à quelques mètres de la coque, une femelle veau marin a élu domicile dans la Rance.

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     Mât de misaine                                              Le Saint Pierre : vaquelotte du Cotentin                                Foc tangonné

De Mordreuc, notre bateau doit rejoindre la cale de Plouër sur Rance, vent debout. Nous tirons bord sur bord, en gagnant petit à petit vers le nord. Nous avons envoyé toute la toile, et malgré cela, il faut nous rendre à l’évidence que pour profiter de la halte nautique avec les doris qui filent droit, nous devons cingler directement vers la cale de Langrolay sur Rance, située au-delà du pont Saint Hubert.
Le passage du pont est délicat, l’étroitesse du goulet et les sautes de vent rendent les virements de bord impressionnants. Après moults zigzags, nous nous amarrons après un long bord de près, en couple de deux autres voiliers.
Tout le monde descend à terre pour savourer de délicieuses galettes-saucisses, mets emblématique du pays gallo.
Nous pouvons admirer ces embarcations à fond plat, utilisées pour la pêche à la morue, au large de Terre-Neuve et qui revivent, sous des couleurs chatoyantes, pour le bonheur de plaisanciers amoureux du patrimoine maritime local.
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Doris sur la grève                                                                 Couleurs chatoyantes

De Langrolay sur Rance, cap sur le bourg pittoresque de Saint Suliac. En trois bords, toutes voiles dessus, nous arrivons en queue de flottille. Nous laissons le Saint Pierre amarré au quai et nous rejoignons la troupe de joyeux nageurs (nager=ramer) devant la buvette installée pour l’occasion. L’animation est assurée par un rassemblement de chiens de terre-neuve qui démontrent leurs prouesses aquatiques.
Il faut retourner à la manœuvre pour une traversée vers Minihic sur Rance. Paré à hisser la misaine, à envoyer le foc ; chacun s’active à la tâche tandis que Martine découvre le fonctionnement de la pompe de cale et l’exiguité d’un canot de 5,20mètres quand une envie pressante vous oblige à vous accroupir sur le seau du bord.
Le Saint Pierre tire sur son bout, amarré au pieu de la cale de la grève des Marais. Les dorissiers récupèrent de leurs efforts avant d’entamer une dernière longueur vers le Chalet des Grèves où les attendent le réconfort d’un apéro et d’un repas chaud : brandade de morue oblige.
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Musique embarquée                                                              Doris et dorissiers : souquez ferme, les gars !

A mi-marée, le débarquement s’avère passablement vasouillard. Au cabanage sur la vaquelotte, au retour en pleine obscurité sur un substrat fangeux pour retrouver l’annexe,  nous préférons la route et un lit douillet.

Dimanche 29 août 2010 : Le Chalet des Grèves (commune de Saint Jouan des Guérets)

Pour le retour à son mouillage dans des heures de marée appropriées,  le Saint Pierre doit délaisser les doris qui vont continuer ver le Nord. Le vent a forci et sous misaine seule, nous tirons un bord en direction de la cale de la Landriais. Dans cette anse a été construite une cale sèche tout en bois afin d’accueillir les terre-neuvas pour réparation. Elle a la particularité à marée haute d’être entourée d’eau.
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Bateaux accompagnateurs à couple

Puis, au portant, nous faisons route port. Sur les recommandations du patron, je commence à maîtriser les virements de bord, en embraquant rapidement l’écoute de misaine, la barre poussée. Le canot de Barfleur remonte tout seul au vent.
Après un louvoyage de cinq à six bords pour mettre l’étrave dans l’axe du pont Saint Hubert, je rends la barre à JP pour assurer ce passage toujours délicat,  pour embouquer le chenal et  pour saisir la bouée de mouillage. Une fois la misaine amenée, et le plancher dégagé, nous sortons le pique-nique. Quelques grèbes huppés viennent plonger autour des bateaux. Sous un soleil radieux, nous profitons de cet instant paisible pour savourer ces deux jours de découverte de la Rance, de la voile, d’un canot à misaine et d’un rassemblement sympa et festif.
ranceExtrait carte IGN Géorando Bretagne Nord et trace GPX Evadéo V1