Mercredi 3 mai

Coefficient de marée : 54
Pleine mer : 11h22
Départ du port de Loguivy de la mer : 11h30
Etale de marée haute, la cale, au fond du port est accessible.

Nous mettons les kayaks à l'eau sur la grève.
Traversée du port, puis cap au 140°, à raser la tourelle danger isolé, puis la cardinale sud, avant de s'engager entre les îles de Raguénès et de Béniguet.
Nous longeons la côte sud de Bréhat, dans un faible contre-courant, évitons l'entrée dans Port-Clos où le trafic des vedettes touristiques bat son plein.
Nous avons mis 45 minutes pour parcourir les 2,5 miles qui nous séparent de Loguivy.
Pour un terrien, une vitesse estimée à 6 km/h.
L'entrée dans la Chambre, située entre l'île Logodec et Bréhat procure une sensation particulière. Le calme est absolu, l'eau est d'une limpidité incroyable, puis plus on avance au milieu des cailloux, plus la hauteur d'eau diminue.
Nous avons l'impression d'être les seuls, avec notre faible tirant d'eau, à pouvoir errer dans un endroit aussi paradisiaque : un lagon breton aux eaux turquoises où se reflètent le rose du granit bréhatin.
Pique-nique sur l'île Lavrec, coin de sable.
Route plein ouest, pour sortir de la zone des bas-fonds et contourner Raguenas-Meur.
Le vent SSW, nous arrive de face, levant une mer hachée, juste après les derniers rochers. Cap au Nord, houle de travers. Au 270° après l'île pour revenir, après quelques émois, dans les eaux plates du plateau rocheux de l'Ïle nord de Bréhat. Nous nous égarons volontairement dans ce lascis de roches entre l'île Séhérès et Ar-Morbic.
Le vent et le courant nous sont favorables pour aborder la partie Nord et le célèbre phare du Paon.
Avec un peu d'appréhention, malgré la stabilité légendaire de nos bélougas, nous embouquons le passage sous le phare du Paon et la roche isolée qui déborde de la côte.
La houle enfle, sous l'onde qui vient s'éclater sur les rochers. Mais le passage est assez large, pour saluer majesteuesement, le phare du bout du monde.
Restons modestes, pour ne pas trop ressentir cette onde de choc qui amplifie la houle aux abords de la côte, nous nous écartons pour profiter pleinement de la beauté sauvage des blocs de granit qui plongent dans la mer.
Nous restons ainsi à distance jusqu'à la chaise de Renan. 
Nous entamons la descente plein sud.
Au passage, l'anse de la Corderie nous accueille. Notre tirant d'eau et les mortes eaux nous permettent d'aller à proximité du Pont ar Prat qui sépare l'île Nord de l'ïle Sud.
En ressortant de l'anse, nous prenons avec des courants contraires le chenal de Kerpont. Nous serrons la côte pour profiter des contre-courants éventuels, passons devant le moulin à marée du Birlot, inaccessible à marée basse.
Noue retrouvons le chemin du retour entre Raguénès et Béniguet.
L'arrivée au port de Loguivy est problématique.
Entre la cale et nous, s'étend une large vasière. Nous accostons dans l'avant port, sur la grève puis entamons un portage des kayaks sur le môle pour rejoindre le parking.
Un ancien, assis sur un muret, nous regarde d'air goguenard.
- Bonjour !
- Bonjour, fallait aller à la grande cale pour pas se salir les pieds !
- Nous ne voulions pas déranger les professionnels.
- Un petit tour dans la baie ?
- Le tour de Bréhat .
- C'est bien, Je connais bien le coin, 40 ans à pêcher les crustacés dont 20 ans comme patron. J'ai vendu mon bateau en partant à la retraite, mon fils ne voulait pas reprendre. On m'a dit qu'il sert de bar-restaurant à Binic. Mais j'ai pas eu le temps d'y aller voir.
7000 casiers à l'époque, maintenant il en faut au moins 10000 pour rentabiliser.
je viens tous les soirs m'asseoir ici regarder les mouvements dans le port, avec tous mes ennuis de santé, je ne sors même plus avec mon canot qui est échoué là.
Et la discussion continue sur les jeunes, sur les différences générationnelles, sur le travail. Beaucoup d'amertume sur sa vie de retraité apparait dans ses propos.
- Allez, c'est l'heure. Salut.
Il enfourche son scooter et s'éloigne dans le bourg de Loguivy.
Nous avons profiter d'une belle journée de printemps pour faire une ballade d'une vingtaine de kilomètres, en prendre plein la vue et plein les bras.
Mais que du bonheur !

Jeudi 4 mai


Coefficient : 42
Pleine mer : 12h06
Mise à l'eau : 10h30

Pour ne pas avoir à patauger dans la vase, nous avons trouvé une plage, près de la base nautique, sur la rivière du Trieux.
Profitant du flot, nous remontons la rivière jusqu'à Lézardrieux. Les rives sont boisées. Des bassins piscicoles, amarrés au milieu de la rivière, ponctuent le trajet.
A Lézardrieux, trois ronds dans le port, puis nous repartons vers l'embouchure.
Nous longeons la côte ouest de la baie afin de rejoindre le sillon de Talbert, but de la journée.
Nous naviguons sur des eaux calmes et peu profondes. Le sable coquillier, se détache par plaques, du fond, donnant à l'eau une couleur aigue-marine.
Peu de courant, le vent de SSW est favorable et nous pousse vers le sillon.
Nous abordons à la pointe de Lannos, sur des galets, au droit du centre d'études et de valorisation des algues (une usine de transformation).
Après un frugal pique-nique, nous quittons cet endroit devenu bruyant par la reprise des activités de l'usine.
Le sillon de Talbert, accumulation de galets sur une hauteur et une longueur impressionnante, défile sur bâbord.
Nous poussons notre investigation jusqu'à l'îlot Roch-Louet, dernier bastion rocheux qui protège la baie.
De l'autre côté, la pleine mer et le phare des héaux de Bréhat.
Malgré la clémence du temps et de la houle, nous décidons d'en rester là, et de ne pas pousser plus en avant notre pérégrination. Il faut penser au chemin du retour.
De l'ilôt, cap au 150°, direction l'île de Modez.
Le vent de face ne nous empêche nullement de naviguer. Le plan d'eau est si abrité que nous n'éprouvons aucune difficulté, si ce n'est à repérer les roches à fleur d'eau qui pourraient endommager notre gel-coat.
Arrêt bronzing et goûter sur une plage de sable si fin et si moelleux. A l'abri du vent, nous profitons pleinement des bienfaits du soleil.
Des nuages bas se profilent à l'horizon. Le temps s'alourdit. La marée découvre la crique où les kayaks reposent sur le sable dur. Il est temps de repartir et de regagner Loguivy.
Nous faisons route au 224°, dans le chenal du Trieux, avec pour point de repère le phare de la Croix.
Quelques surfs sur la houle qui nous entraîne vers le Trieux.
A la tourelle la Vieille de Loguivy, nous devons faire force de rames pour passer le courant et rentrer dans la rivière.
Même à marée basse, la plage reste facilement accessible pour remonter les kayaks jusqu'à la voiture.
Epatante cette journée et coté météo, rien à dire.

Vendredi 5 mai

Nous délaissons nos kayaks pour nos chaussures de rando et notre curiosité intellectuelle.
Mais c'est une autre histoire.