Mercredi matin 17 octobre

La tension monte. Le départ est imminent. Les sacs sont bouclés et pesés.
Après trois heures de TGV et onze heures d’avion, nous allons nous retrouver par 21° de latitude sud et 55° de longitude est, dans l’hémisphère austral, posé sur une petite île volcanique au milieu de l’océan indien.
Mais auparavant il nous faut passer par les contraintes aéroportuaires.
A Orly ouest, nous découvrons l’attente, les formalités d’embarquement et de douane doublées de vigipirate.
Nous patientons dans le hall H. Pour Martine, c’est le baptême de l’air, et de voir les monstres d’acier stationnés devant les baies vitrées, cela pose quelques questions existentielles sur les notions de portance et de plus lourd que l’air. Elle en profite pour en griller quelques dernières avant onze heures d’abstinence.
A 17h00, nous franchissons le seuil du boeing 747 pour nous installer aux places 53J et 53K.
Un steward nous interpelle pour nous proposer l’échange de nos fauteuils contre deux places de choix.
Elles s’avèreront être l’endroit le plus animé et le plus humide de tout l’avion.
En effet l’espace dévolu à nos jambes se transforme pour la nuit en libre service pour la boisson.
Les voyageurs viendront s’abreuver et déverser sur mes pieds, tantôt du coca, tantôt du jus de pomme.

Jeudi 18 octobre

Le gros porteur amorce sa descente vers la mer. Nous plongeons vers la côte nord de l’île où la piste prend naissance à l’aplomb de la mer..
Enfin le soleil pointe ses rayons au travers des hublots annonçant la fin d’un vol de nuit peu reposant.
Les roues crissent sur l’asphalte. Nous sommes arrivés à l’aéroport Gillot de St Denis avec une température d’air au sol de 27°c.
Comme convenu, Gisèle nous attend et nous entraîne, hors de l’aéroport, rejoindre Patrick.
Nous faisons rapidement connaissance autour d’un petit déjeuner revigorant fait de café local et de brioches réunionnaises (macatia).
Nous récupérons une Clio de location  et nous nous mettons en route pour notre hôtel situé à St Leu , côte Ouest de l’île, à environ 1h30 de St Denis, en tenant compte des bouchons. Il règne sur la couronne routière  de la Réunion une circulation digne d’un périph’ parisien.
L’hôtel est agréable, la chambre est spacieuse avec vue sur le lagon. Une bonne douche s’impose, puis nous nous précipitons sur short et tee-shirt pour une ballade en ville.

carte
Carte de l'île de la Réunion

Déjeuner d’un boucané-pommes de terre accompagné d’une bière locale légère, fraîche et pas chère à la terrasse d’un snack-bar.
Puis nous entamons un après-midi de flâneries : la côte sauvage et ses souffleurs , les rues de St Leu aux haies exubérantes de bougainvilliers, de palmiers et de fleurs colorées et odoriférantes et la plage.
Nous goûtons notre premier bain de mer dans le lagon.
Stupéfaction ! la vie aquatique tropicale est à portée de brasses. Dans une eau à 26°c, les balistes et divers chaetodons évoluent entre les branches ramifiées des coraux, sans oublier les innombrables oursins, dont les épines cassantes comme du verre, viendront s’incruster par mégarde dans mon index.
Les fatigues du voyage oubliées, nous dînons à l’hôtel, au bord de la piscine. Martine découvre avec ravissement le goût raffiné de l’espadon.

Vendredi 19 octobre

Le portable-réveil sonne. Il est 5h30. Le soleil est déjà présent. Nous filons prendre notre petit déjeuner.
Fruits frais, jus de fruits, confiture de figues, croissant, puddings, crêpes, un plein d’énergie pour notre première randonnée pédestre sur l’île.
Nous commençons par le cirque de Cilaos. Un des trois cirques situées au cœur de l’île. Une heure et demi de trajet sur des routes en lacets et de tunnels étroits pour nous rendre à la ville de Cilaos, point de départ de notre ballade.
Après quelques hésitations, nous optons pour un parcours de cinq heures via la cascade du bras rouge et les hauts de Cilaos.
La descente vers la cascade est ombragée, agréable. La végétation y est dense, des senteurs diverses chatouillent nos papilles olfactives. Cet itinéraire est assez fréquenté : accent du midi, parler allemand.

cascade
Cascade                                                         

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         Cirque de Cilaos

La chute d’eau  du bras rouge est impressionnante. Nous faisons une pause de quelques minutes, puis traversons le ruisseau pour nous engager dans le GR en direction du col du Marla. Nous nous retrouvons seuls à présent. La cascade semble être le point d’intêrèt des autres randonneurs. A présent le soleil est de plomb. Il nous faut faire plusieurs haltes lors de la montée pour s’habituer à l’altitude, à l’effort et à la chaleur.
Les paysages sont grandioses, nous apercevons la totalité du cirque ; ses gorges, ses plateaux et ses parois abruptes.
Au cours de notre marche, nous rencontrons des bénévoles qui balisent l’épreuve mythique de l’île de La Réunion : le grand Raid dénommé aussi la diagonale des fous. Une course à pied de 120 km du sud au nord agrémenté d’un dénivelé positif de 7000m.
Et soudain nous voyons déboulés sur le sentier le premier concurrent qui vient d’avaler plus de 60km en moins de 7 heures. Nous verrons défiler les dix premiers raiders.
Midi : nos estomacs n’ont pas perdu leurs points de repère. Nous nous attablons pour un pique-nique énergétique composé d’achards, saucissons secs, sardines à l’huile et ananas.

Le ciel s’est couvert, les nuages se bloquent au dessus de Cilaos. Nous redescendons vers la ville, qui s’avèrera être la ville étape du grand raid.
Nous reprenons le volant pour nous rendre, sur les conseils de Gisèle,  au Tampon où se déroulent les Florilèges.
A la fois fête foraine, braderie et vente de plantes, ce vaste rassemblement ne nous enthousiasme guère hormis la dégustation d’un jus de fruits fraîchement pressé d’ananas-mangue pour Martine et d’ananas-tangor pour moi.
La soirée se termine par un dîner à base de requin et de zazoutes (pieuvre).

Samedi 20 octobre

Réveil catastrophe ; une demi-heure pour se préparer, sauter dans la voiture et filer en espérant éviter la frénésie automobile des Réunionnais.
Ce matin nous avons rendez-vous à 6h00 avec Patrick, Gisèle et Chloé en façe du cimetière marin de St Paul. Pourquoi une heure aussi matinale ? Pour pouvoir admirer au lever du soleil le splendide panorama sur le cirque de Mafate à partir du Maïdo.
Nous évitons à la fois l’afflux des autocaristes et la couverture nuageuse venant de la côte au vent.
A 2200m d’altitude, nous dominons tout le cirque. De minuscules villages sont disséminés sur les plateaux au milieu d’un relief tourmenté , uniquement accessibles par des sentiers muletiers ou en hélicoptère.

mafate
Cirque de Mafate sous les nuages

Une beauté sauvage, si proche et si éloigné de la vie trépidante des communes littorales.
Dans la descente, nous faisons halte dans une distillerie de géranium ou plus exactement de pélargonium rosa pour y extraire des huiles essentielles.
Aujourd’hui, la cuite concerne des branches de conifères (Cryptoméria japonica) dont l’huile est fortement recommandée pour les massages articulaires et rhumatisants.
Mon genou me recommande vivement d’en acheter un petit flacon.
Puis nous sommes conviés à un pique-nique au chalet dont le plat principal est un poulet pendu.
Recette : La volaille, ayant marinée 48 heures avec les plantes de là-bas, est suspendue au dessus d’un feu de bois pour y griller en laissant égoutter toute sa graisse.

ananas
ananas

Nous terminons par de l’ananas dont la découpe pratiquée par Patrick nous laisse pantois.
Après cet intermède gastronomique, nous repartons pour la côte au vent découvrir les cascades du Niagara et de Takamaka.
Les dernières pluies ont regonflées les cours d’eau et les cascades ont repris un peu de vigueur.
Cette partie de l’île est verdoyante, la végétation y est abondante, les champs de bananiers et de canne à sucre occupent les moindres parcelles de terre.
Mais les changements continuels d’altitude mettent à mal mes sinus. J’ai une migraine carabinée. Et puis la visite de l’île en voiture n’est pas notre tasse de thé. J’échangerais volontiers mon volant contre une bonne paire de chaussures de randonnée.
Nous rentrons à l’hôtel fatigués mais décidés à en découdre, dés demain, avec le piton de la Fournaise.
Après le repas, nous profitons de la tiédeur de l’air pour nous promener sur le fronton de mer où de nombreux habitants de St Leu sont venus pique-niquer, profiter des barbecues aménagés, assister au match de volley féminin de l’équipe locale. Il y règne une ambiance bon enfant.

Dimanche 21 octobre

Point chaud et sulfureux du séjour. Le Piton de la Fournaise nous attend.
La route côtière défile jusqu’à St Pierre et bifurque ensuite vers le Tampon en grimpant vers la plaine des Palmistes. Le temps se couvre, une petite bruine fait son apparition, puis un épais brouillard s’installe sur la route menant au volcan.
Les paysages de savane de la côte ouest, les champs de canne à sucre de la côte sud font place à un modelé de montagne à vaches, où l’élevage est prospère.
Plus la route se rapproche de la zone volcanique, plus le minéral domine le végétal. Et soudain l’asphalte fait place à une piste de terre rouge. L’aventure commence ! La tension monte, les yeux pétillent de mille facettes comme la couleur des roches.
Le soleil est de retour, mais des bancs de brume rendent le décor encore plus fantasmagorique.
Nous nous arrêtons pour contempler la plaine des sables, vaste étendue de gravillons volcaniques.

volcan
Terre volcanique

Nous sommes à pied d’œuvre pour parcourir le volcan.
Première étape : descendre dans l’enclos par un long escalier longeant la paroi abrupte.
Deuxième étape : traverser l’enclos en suivant scrupuleusement les marques blanches qui conduisent au pied des cratères. Aucun animal, aucune végétation ; il n’y a que roches. Elles prennent des teintes différentes  en fonction des oxydes métalliques présents.
Troisième étape : gravir difficilement la pente du cratère en raison de la nature du sol ; tantôt de la roche pétrifiée,  tantôt des grattons sorte de pierre ponce, tantôt des gravillons.
L’arrivée au cratère est imminente. Un avis de préalerte sismique ne nous permettra pas d’en faire le tour. Nous contemplons le cratère Dolomieu, la cheminée de la soufrière et l’ancien cratère Bori.
A cette altitude, le vent souffle fraîchement. Nous nous mettons à l’abri pour casser la graine.
Le casse-croûte rapidement avalé, nous entamons la descente.
La remontée des marches sera éprouvante pour les cuisses mais le bonheur d’une si belle randonnée fera vite oublier nos courbatures.
La plage et l’eau du lagon effaceront les derniers signes de nos efforts.
Nous resterons jusqu’au coucher du soleil avant de regagner l’hôtel.

Lundi 22 octobre

Le sud sauvage, la nature à l’état pur, le pays des parfums et des épices. Tant de qualificatifs pour une région souvent soumise aux coulées basaltiques. De fortes ondées nous accompagneront toute la matinée.
A St Philippe, direction le port de pêche. Nous suivons les pancartes aboutissant à la place de la marine. O surprise ! Quatre à cinq barques en bois constitue toute la flottille de ce havre situé sur la côte sauvage et l’infrastructure portuaire réside en une cale taillée dans la roche et d’un baraquement.

port
Port de Saint Philippe

Sur la carte figure une coulée de lave ayant dévalée en 1986 jusqu’à la mer. Un petit détour s’impose pour observer ce phénomène. De part et d’autre de la route, une masse noirâtre de roches pétrifiées se détache la végétation environnante. Cependant, nous apprendrons le surlendemain  qu’une  coulée, d’un aspect spectaculaire s’est répandue en juillet dernier à quelques centaines de mètres plus loin. Ce sera pour une prochaine fois.
Nous nous arrêtons à l’Escale bleue. Dans cette exploitation familiale de production de vanille, nous aurons droit à une explication détaillée de la culture, de la récolte et du séchage de la gousse. Incollables  sur le sujet.
Nous profitons, d’une petite accalmie, pour faire un tour dans la forêt primaire de l’île et admirer, sur la côte sauvage, se briser les rouleaux d’un bleu turquoise sur la roche noire.
Le petit déjeuner, même copieux, est loin.
Nous nous attablons pour un rougail saucisse et un rougail z’andouille. Le punch nous est offert ainsi que le rhum arrangé. Les Réunionnais savent recevoir les z’oreilles.
L’après-midi est consacrée à la visite commentée du jardin des parfums et des épices. Notre guide sait manier le langage spirituel et didactique. Scientifiquement il n’aurait pas fait honte à Mr Linmé ou Mr de Bougainville ; humoristiquement je me sens d’une humilité complaisante. Nous savourerons plus de deux heures de botanique au travers d’une végétation tropicale magnifique (vanillier, cocotier, arbre à pain, goyavier, bananier, orchidée,.).

pomme
Devinez qui je suis ?
foret
Forêt exubérante

 



Puis un moment de repos sur la plage de Grand’anse, bordée de palmiers. Les rouleaux s’éclatent sur les falaises voisines. Le soleil se couche peu à peu. C’est un spectacle dont je ne me lasse pas.

Mardi 23 octobre

Pour cette dernière journée de randonnée, nous avons choisi de nous attaquer au sommet du Grand Bénare.
Le point de départ se situe au gîte d’étape des Tamarins, situé à mi-chemin entre la côte et le sommet, à une altitude de 1800mètres.
Sacs au dos, nous sommes fins prêts pour nous élancer sur un dénivelé de 1200 mètres. Sous le couvert des tamarins, nous suivons les marques blanches qui balisent le sentier. Chapeau ! Messieurs de l’ONF pour la qualité des balisages, l’entretien et l’aménagement des aires de pique-nique.

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Maîdo

Puis la végétation se fait plus rase ; de nombreux incendies ont transformé le paysage, des vestiges calcinés d’arbuste sont restés debout. Le sentier devient raide, et les éboulis plus nombreux.
A mi-chemin, nous faisons halte au Pic de la Glacière. A cet endroit, la ville de St Leu produisait dans des cavernes maçonnées de la glace pour les colons. On imagine mal les esclaves parcourir ces chemins pour ramener quelques morceaux de glace pour satisfaire le plaisir de quelques nantis.
Le chemin est excessivement caillouteux et nous devons prendre garde où nous posons les pieds.
Malgré l’heure matinale, les bancs de brume se développent rapidement. Arrivés le long de la corniche qui domine le cirque de Mafate, nous apercevons, au travers de quelques trouées, les cases. Nous longeons le bord de la paroi jusqu’au Grand Bénare. Le Piton des Neiges, point culminant de l’île, émerge du paquet cotonneux de l’autre coté du cirque. Photo souvenir devant le panneau annonçant le sommet. Eh ! oui, content et fier de prouver que nous sommes grimper là-haut.

cirque
Cirque

Trois quarts d’heure de pause pour savourer un casse-croûte d’achards qui réchauffe bien le gosier, accompagné de pâté et de fruits.
Les bancs de brume se font de plus en plus dense tandis que nous entreprenons la descente. La marche s’avère difficile dans les éboulis. A mi-pente, le soleil fait de brèves apparitions, puis la côte sous le vent apparaît .
Nous nous réjouissons à l’idée de nous étendre sur nos draps de bain et de nous délasser dans une eau de mer tiède.
Nous entrons à nouveau dans la forêt de tamarins. Le bout du chemin n’est plus très loin. Après six heures de ballade et un fameux dénivellé, le plaisir de l’effort se lit sur nos visages.
Le contact de l’eau est merveilleux, j’ai mis mon masque et mon tuba pour profiter, une dernière fois, de ce véritable aquarium tropicale. Je nage au milieu des demoiselles en livrée blanche et noire, le baliste picasso me suit dans mes pérégrinations autour des massifs coralliens. Je reste ainsi trois quart’heure à observer une vie marine éblouissante de couleurs et de diversité.

Mercredi 24 octobre

Nous quittons l’hôtel et St Leu pour passer notre dernière journée sur St Denis en compagnie de Patrick et Gisèle. Le temps est  maussade et une averse nous surprend en plein marché du Chaudron.
Les étals  sont riches de fruits, de légumes, d‘épices. Achat d’ananas, de citron vert, de curry bourbon. Je rêvais d’un chapeau tressé en vacoa, et c’est chose faite. Patrick achète des plantes pour agrémenter le rhum arrangé à l’homme-médecine. Les diverses décoctions à base de plantes et de rhum ont une forte proportion à vanter les bienfaits pour la virilité de l’homme.
Nous faisons diverses emplettes pour ramener quelques souvenirs à nos chères têtes blondes.
Le midi, Patrick se surpasse en cuisine : Nems, samoussas, puis croquettes de poulet sauce massalé, galettes de manioc et gâteau à la banane.
L’après-midi est consacrée à la visite du marché couvert où est concentré l’artisanat malgache et africain. Car l’artisanat local est peu présent à la Réunion.
Après avoir empaqueté tous les objets fragiles (bouteilles de rhum en particulier), nous nous apprêtons à passer notre dernière nuit dans le petit studio attenant au logement de fonction.

Jeudi 25 octobre

L’heure d’enregistrement à l’aéroport est fixée à 6 heures du matin. La proximité de celui-ci nous permet d’être dans les premiers et de bénéficier de places à l’avant de l’avion. Débarrassés de nos sacs de voyage et de notre carton d’ananas, nous retournons prendre un petit déjeuner chez Patrick et Gisèle en attendant l’heure d’embarquement.
Le retour vers la métropole va se faire de jour. Entre deux séances de cinéma, nous verrons défiler l’afrique, le désert égyptien en suivant le Nil, la côte lybienne, la Méditerranée, les Alpes.
A Orly, Fred et Emmanuel nous attendent. Après une alerte et la récupération de nos bagages, notre voyage prend fin.